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Brexit : comment les financiers vont-ils choisir leur nouvelle Place ?

Publié le 16 novembre 2016 à 12h31

Coralie Bach

La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne conduit les établissements financiers à rechercher une nouvelle base pour leurs investissements. Conditions d’agrément, qualité du régulateur, critères exigés pour la pratique de leur métier, chaque élément est examiné.

Suite au vote du Brexit, la bataille entre les grandes places européennes bat son plein pour attirer les équipes londoniennes en exil. La presse fait déjà état des premières rumeurs. Citigroup envisagerait ainsi de transférer jusqu’à 900 postes à Dublin, tandis que Goldman Sachs miserait sur Francfort pour s’assurer un accès au marché européen.

En cas de Brexit hard, les établissements financiers agréés au Royaume-Uni craignent en effet de perdre le fameux passeport européen, représentant la reconnaissance mutuelle des agréments entre les Etats de l’Union européenne. «Le passeport permet de disposer d’une base unique pour l’ensemble de l’Union européenne et de mener son activité de façon relativement harmonisée, précise Marc Perrone, associé chez Linklaters. La quasi-totalité des activités financières fonctionnent sous ce régime, qu’il s’agisse des banques, des assurances ou encore des fonds d’investissement.» En cas de Brexit hard, les établissements agréés au Royaume-Uni perdraient la totalité de ces droits, et ne pourraient plus utiliser leurs succursales européennes. Il leur faudrait alors recréer une filiale, la faire agréer dans le pays choisi et s’assurer qu’elle respecte le droit local. De la même manière, les établissements agréés en France perdraient également l’accès au marché britannique. «Il s’agirait d’une remise en cause du modèle économique sur lequel se sont fondés les établissements financiers depuis des années», affirme Marc Perrone.

Chercher des règles proches de celles de Londres

Conscients des enjeux, les financiers évaluent les atouts et les faiblesses de chaque ville pour trouver leur nouvelle base européenne. Mais alors quels sont leurs critères d’évaluation ? Si les éléments sont nombreux et peuvent varier d’un acteur à l’autre, le désir commun repose sur le fait de trouver un pays d’accueil dont les règles sont les plus proches de celles applicables à Londres : «Les sociétés regardent, dans un premier temps, les conditions et les délais nécessaires pour la création et l’agrément d’une nouvelle structure, explique Marc Perrone. Elles examinent également les différents critères liés à la gestion de leur activité : quelles sont les pratiques en termes d’audit, de conformité ? Quelles sont les exigences concernant l’expérience du dirigeant ? A quel régime de responsabilité civile et pénale est-il soumis ? » Les règles en matière d’externalisation sont également regardées de près afin de savoir dans quelle mesure une partie de l’activité ou des fonctions support peut être effectuée dans un autre pays.

L’autre pan d’évaluation concerne les règles de bonne conduite régissant les relations entre les établissements financiers et leurs clients : «Une partie de ces règles sont issues des directives européennes, et sont donc harmonisées, souligne Marc Perrone. Mais d’autres sont spécifiques à chaque pays. Le démarchage bancaire et financier, par exemple, est un régime purement français.»

Une ou des places gagnantes

Dans cette compétition, Paris dispose de plusieurs points forts : une place financière sophistiquée, un important marché intérieur, un système réglementaire robuste et des acteurs habitués aux contrats de droit anglo-saxon. A contrario, la fiscalité et le droit social, deux domaines non harmonisés au niveau européen, risquent de pénaliser la capitale française. «Les Anglo-Saxons gèrent des activités volatiles», a indiqué le directeur général de la Société Générale Frédéric Oudéa, lors des entretiens de l’AMF organisés sur ce thème. «Ils ont l’habitude de réduire ou d’augmenter leurs effectifs très rapidement. Les questions sociales et fiscales sont essentielles dans leur choix.» L’annonce d’une baisse progressive de l’impôt sur les sociétés et de l’amélioration du régime des impatriés constituent en ce sens de bons signaux ; à condition qu’ils ne soient pas remis en cause quelques mois plus tard…

Mais selon Frédéric Oudéa, les grands établissements financiers pourraient profiter du Brexit pour redéployer leurs forces sur plusieurs lieux stratégiques. Un avis partagé par Christian Noyer, gouverneur honoraire de la Banque de France : «Londres restera une grande place financière, mais le Brexit va recréer un équilibre entre plusieurs villes, et je pense que c’est une bonne chose pour la sécurité financière. Même si Londres est très bien gérée, cette concentration d’activité sur un seul lieu me paraît dangereuse.»


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Vers la fin du lockstep ?

Delphine Iweins

Face à la concurrence accrue des cabinets américains et des changements de politique internationale tels que le Brexit, les firmes britanniques n’ont pas d’autre choix que de repenser la rémunération de leurs associés pour rester compétitives. Les modifications des systèmes de répartition du résultat, particulièrement du lockstep, sont plus que jamais d’actualité.

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