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DEAL DE LA SEMAINE

CMA Media boucle le rachat de Brut

Publié le 17 septembre 2025 à 16h42

Pierre-Anthony Canovas    Temps de lecture 5 minutes

La filiale média de l’industriel marseillais CMA CGM vient de finaliser l’acquisition de la plateforme vidéo Brut, dont il était actionnaire depuis deux ans. L’opération, qui n’a pas nécessité de feux verts réglementaires, voit sortir l’intégralité des autres investisseurs, tandis que les cofondateurs restent impliqués dans la stratégie.

CMA CGM élargit encore le périmètre de son empire médiatique constitué à une impressionnante cadence. Après l’acquisition du groupe La Provence, du journal La Tribune, l’investissement dans M6, et la reprise de l’intégralité du pôle audiovisuel d’Altice (ODA du 20 mars 2024), CMA Media, filiale spécialisée de l’armateur marseillais, vient de boucler le rachat du média numérique Brut. Le groupe de transport maritime en était devenu actionnaire il y a deux ans (ODA du 19 avril 2023), aux côtés de l’Américain MoonPay, spécialiste des cryptomonnaies, à l’occasion d’une série D de 40 millions d’euros. La plateforme en ligne, constituée en 2016 par d’anciens de Canal + et qui jouit d’une forte notoriété en France et à l’international – notamment aux Etats-Unis, en Afrique et en Inde avec des équipes dédiées – a multiplié les levées de fonds ces dernières années. En 2021, Brut avait réalisé un tour de table de 75 millions de dollars (environ 63 millions d’euros) en série C auprès de James Murdoch, via sa société d’investissement Lupa Systems, François-Henri Pinault, via sa holding Artemis, mais aussi Orange Ventures et le fonds Tikehau Capital (ODA du 7 juillet 2021). Deux ans plus tôt, il avait déjà levé 40 millions de dollars (environ 35 millions d’euros) auprès du fonds de growth capital Red River West ainsi que du véhicule d’investissement Blisce de l’entrepreneur tricolore Alexandre Mars, avec la participation des hommes d’affaires anglo-saxons Aryeh Bourkoff et Eric Zinterhofer. D’autres investisseurs sont là depuis un premier tour de financement à l’instar de l’entrepreneur Xavier Niel via son véhicule d’investissement NJJ holding. Brut continuera d’être dirigé par Elsa Darquier, directrice générale, aux côtés de ses cofondateurs Renaud Le Van Kim et Guillaume Lacroix. Grâce à cette acquisition, CMA Media revendique d’avoir la première rédaction en France du secteur privé avec près de 1 600 journalistes. Brut et ses actionnaires sont assistés par Hogan Lovells avec Hélène Parent, associée, Gautier Valdiguié et Pierre Blanchard, en corporate ; Marion Guertault, associée, Elisa Gâtard, en droit social ; Alexis Caminel, counsel, Martin Machu, en droit fiscal ; et Victor Levy, counsel, en réglementaire. CMA CGM est épaulé par Willkie Farr & Gallagher avec Gabriel Flandin, associé, Tala Ayoub et Faustine Mazza, en corporate. Bpifrance est accompagné par Peltier Juvigny Marpeau & Associés avec Julie Herzog, associée, Mathilde Grenier, en corporate M&A. Lupa Systems est soutenu par Cohen Gresser avec France Portmann Loy, associée, Eléonore Messina, en corporate M&A ; avec le bureau de Londres.

Le conseil de Brut : Hélène Parent, associée chez Hogan Lovells

Quels sont les éléments marquants autour du rachat de Brut ?

L’une des particularités de ce deal réside dans le renforcement d’un industriel au capital d’un média, un mouvement assez atypique pour le cœur de métier de CMA CGM. Cette acquisition illustre aussi l’importance d’anticiper les différents scénarios lors d’une levée de fonds. En effet, le repreneur était entré minoritaire en 2023 et il avait été essentiel, dès ce stade, de réfléchir aux modalités de sortie des investisseurs. Un autre point clé est la nature même de la cible. En tant que média, Brut emploie des journalistes bénéficiant de droits spécifiques, comme la clause de conscience, qui peut être invoquée en cas de changement d’actionnaire. Enfin, l’opération se distingue par la grande diversité des investisseurs, arrivés à des moments différents et qui sortent tous simultanément : family offices (notamment les familles Pinault et Murdoch), fonds français et internationaux (Tikehau Capital, Orange Ventures, Next World), Bpifrance, business angels et salariés actionnaires.

Comment l’opération est-elle structurée et financée ?

Le rachat concerne l’intégralité du groupe Brut, qui comprend plusieurs filiales à l’international. L’opération est réalisée au travers de la branche média de CMA CGM nommée CMA Media et domiciliée en France. La documentation n’intégrait pas de conditions suspensives liées au financement.

Quels ont été les défis ?

La présence de CMA CGM au capital de Brut depuis près de deux ans a permis de mener cette opération dans un calendrier particulièrement serré – à peine deux mois –, ce qui constituait un vrai défi. Par ailleurs, du fait de la structuration progressive de Brut au fil des tours de financement, certains salariés détenaient des actions gratuites ou des BSPCE. Il a donc fallu gérer et déboucler ces mécanismes lors de cette sortie.

Quels dispositifs avez-vous mis en place pour fidéliser l’équipe dirigeante ?

Nous avons mis en place des mécanismes de rétention pour l’équipe dirigeante, en prenant en compte les nouvelles règles encadrant les « management packages » introduits par la loi de finances pour 2025. Dans ce contexte, les cofondateurs Renaud Le Van Kim et Guillaume Lacroix continueront d’accompagner la stratégie de Brut. Laurent Lucas, journaliste et cofondateur du groupe, restera également présent.


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