Cette année, la septième édition des Débats du Cercle, organisée par le Cercle Montesquieu et Option Droit & Affaires, a réuni près de 500 personnes à l’Hôtel des Arts et Métiers. De la mise en œuvre du Règlement général sur la protection des données (RGPD), à l’innovation, en passant par le Brexit et l’anticipation de ses conséquences, de nombreuses thématiques ont été abordées tout au long de la journée.
La matinée, réservée aux membres du Cercle, s’est articulée autour de quatre ateliers orientés sur des sujets d’actualité. Les débats ont ainsi porté sur le rôle du directeur juridique dans la mise en place du RGPD, qui entrera en vigueur le 25 mai prochain. De plus en plus utilisé par les cadres dirigeants, le coaching a aussi été traité par les intervenants. Dans un environnement interconnecté, le digital a également fait l’objet d’un débat autour des legaltech, «facilitateurs» des métiers juridiques. Du carré matinal, ont aussi fait partie les échanges sur les opportunités en matière d’affaires publiques.
La deuxième partie de la journée, ouverte au public et animée par Olivier Chaduteau, associé fondateur du cabinet Day One, fut tout aussi enrichissante. Après le discours introductif du président du Cercle Montesquieu, Nicolas Guérin, Philippe Varin, le président du conseil d’administration d’Orano (ex-Areva), est revenu sur la question de la réindustrialisation de la France.
La première table ronde, modérée par Quentin Dickinson, directeur des affaires européennes chez Radio France, a abordé l’épineux sujet du Brexit et de l’anticipation de ses conséquences. C’est un fait, le 29 mars 2019, le Royaume-Uni larguera les amarres. De nombreux sujets restent encore à traiter tels que le montant de la facture à payer par Londres, le sort des ressortissants britanniques ainsi que le casse-tête de la frontière irlandaise. A ces enjeux viennent s’ajouter les problématiques juridiques. Quid des contrats en cours ? Quelle reconnaissance des décisions des tribunaux britanniques ? Quel droit applicable choisir pour les contrats internationaux ? Autant d’interrogations sur lesquelles Guy Canivet, président du Haut Comité juridique de la Place financière de Paris, et Hervé Jouanjean, ancien directeur général à la Commission européenne et counsel chez Fidal, ont attiré l’attention des directeurs juridiques. L’enquête «Into the breach», réalisée par Pinsent Masons et présentée par le directeur du bureau de Paris Christoph Maurer, révèle d’ailleurs que les conseils d’administration attendent beaucoup de leur direction juridique : 61 % d’entre eux souhaitent que leur directeur juridique soit responsable de la préparation de l’entreprise au Brexit. Un rôle qui serait d’autant plus central en cas de hard Brexit : «Le Royaume-Uni sortirait alors du marché commun sans passeport ni passerelle», a commenté Dominique Bourrinet, directeur des affaires juridiques du groupe Société Générale. Un défi pour le secteur financier qui n’est toutefois pas le seul à faire face à de futures difficultés. En effet, le secteur aérien pourrait, lui aussi, être confronté à des problématiques qui lui sont propres comme en a témoigné Frédéric Gagey directeur financier d’Air France-KLM.
Faire rimer innovation et régulation
Le second débat a porté sur le thème de l’innovation dans tous ses états. Autour de la table : Béatrice Delmas-Linel, associée et présidente d’Osborne Clarke, Marie-Noëlle Jégo-Laveissière, vice-présidente exécutive chez Orange en charge de l’innovation du marketing et des technologies, Frédéric Mazzella, président et fondateur de Blablacar, Maria Pernas, directrice juridique chez Capgemini et Cyril Garnier, directeur général SNCF Développement. Innovation technologique, innovation dans les usages, innovation de procédés… toutes les méthodes sont bonnes pour se distinguer. En la matière, le secteur juridique se démarque : «Si je devais créer une start-up aujourd’hui, je ferai une legaltech, témoigne Cyril Garnier. Ce secteur bénéficie d’une maturité technologique, avec l’intelligence artificielle et la blockchain, qui ouvre d’énormes perspectives pour les métiers juridiques.»
La question de l’innovation ne peut être évoquée sans celle de la régulation. Deux écoles s’opposent sur le sujet : celle selon laquelle les régulateurs constituent un frein à l’innovation et celle qui, au contraire, montre un rôle contributif du juridique. Pour Maria Pernas, les deux visions ont un sens. En effet, si la réglementation ne permet parfois pas aux entreprises d’avancer aussi vite qu’elles le souhaiteraient, elle incite parfois les groupes à innover, à l’image du règlement RGPD qui encourage les sociétés à développer de nouvelles offres «privacy by design».
Mais plus que la réglementation, la réelle menace à l’innovation selon Carlo d’Asaro Biondo, président Partenariat EMEA chez Google, est la peur du changement. Au cours d’une intervention, ce dernier a ainsi expliqué les étapes d’innovation de l’Internet. Pour finir, le prix du Cercle Montesquieu 2018 a été décerné par Sonya Djemni-Wagner, conseillère Justice de la présidence de la République, à l’ouvrage «Guide des Pactes d’actionnaires et d’associés» de Sophie Schiller et Didier Martin aux éditions LexisNexis.