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LE deal DE LA SEMAINE

Atos lance une OPA sur Bull pour 620 millions d’euros

Publié le 18 juin 2014 à 15h55    Mis à jour le 1 septembre 2014 à 16h08

Florent Le Quintrec

Le groupe français de services informatiques Atos a annoncé le lancement d’une offre publique d’achat (OPA) sur le capital de la société Bull.

 L’initiateur propose 4,90 euros par action, valorisant la cible 620 millions d’euros. Les deux principaux actionnaires de Bull, Crescendo Industries et Pothar Investments (24,2 %) apporteront leurs titres à l’offre, de même qu’Orange (8 %) et Bpifrance. Par cette opération, Atos vise essentiellement les activités de cloud, Big Data et cybersécurité de Bull afin de créer un leader en Europe. La période de l’OPA devrait débuter fin juin et se clôturer fin juillet. Atos est conseillé par Weil Gotshal & Manges, avec Claude Serra, associé, Charles Cardon et Louis Gosset en corporate, Romain Ferla, associé, Flora Pitti-Ferrandi et Stéfanie Quiles en concurrence. Bull a pour conseil Paul Hastings, avec Guillaume Kellner, Etienne Mathey, associés, en corporate, Pierre Kirch, associé, en concurrence, et Stéphane Henry, associé, en social.

Le conseil de Bull : Guillaume Kellner, associé de Paul Hastings

Comment se sont déroulées les négociations ?

Dès lors que l’idée d’un rapprochement a été évoquée et a suscité un intérêt de part et d’autre, l’annonce de l’opération n’a pris que quelques semaines, ce qui est essentiel pour préserver la confidentialité. Celle-ci a été totale, comme l’indiquent les volumes particulièrement faibles échangés la veille de l’annonce de l’OPA sur les titres Bull. Le conseil de Bull a accueilli l’offre favorablement, jugeant les conditions financières satisfaisantes. Atos propose un projet industriel intéressant pour Bull, avec de vraies synergies entre les deux groupes pour devenir un leader du cloud et de la cybersécurité en Europe. Ce projet, les conditions financières et le fait qu’Atos soit français, qui plus est présidé par Thierry Breton, ont donc été autant d’éléments positifs pour approuver l’offre. Le ministre Arnaud Montebourg a donné son aval, ce qui aurait été beaucoup plus compliqué pour un acteur étranger, notamment du fait des activités stratégiques et sensibles de Bull.

Comment les deux groupes ont-ils géré le calendrier de l’opération ?

Il s’agit d’un calendrier très serré. Un expert indépendant a été nommé le 25 mai, dès le premier conseil d’administration, et a rendu son rapport dans le délai réglementaire minimum le vendredi 13 juin, pour une validation du conseil de Bull le lendemain. La décision de conformité de l’offre est attendue pour le 24 juin, puis l’offre sera initiée. Atos a négocié concomitamment des engagements d’apport avec les actionnaires Crescendo Industries et Pothar Investments qui représentent 24,2 % du capital. Les deux actionnaires Orange, à hauteur de 8 %, et BPI, à moins de 5 %, ont déjà indiqué qu’ils apporteraient leurs titres, sans toutefois signer d’engagement dans ce sens. Dès lors que l’opération a été initiée avant l’été, elle ne tombe pas sous le coup de la loi Florange qui complique les choses, notamment avec la consultation du comité d’entreprise qui allonge les délais et complexifie le calendrier d’une opération boursière.

Existe-t-il des risques sur le plan concurrentiel ?

Nous ne craignons pas de risques en termes de concurrence, car l’offre n’est pas conditionnée au feu vert de Bruxelles. La procédure de notification a été initiée auprès de la Commission européenne, mais cette procédure n’est pas une condition suspensive de l’offre, le risque apparaissant faible. Toutefois, les activités de services informatiques sont un secteur très éclaté en France et en Europe et cette opération peut être l’occasion pour Bruxelles de préciser sa doctrine sur la segmentation de marchés nouveaux.

Bull fera-t-il l’objet d’une offre de retrait (OPR) ou d’une fusion avec Atos ?

Une OPR est conditionnée à l’obtention de 95 % du capital de Bull. Si Atos a déjà sécurisé a priori 36 % du capital, il reste du chemin à faire et il n’est jamais gagné d’obtenir 95 % du premier coup lorsque le flottant représente une part très large du capital. Et comme pour chaque OPA, le capital a beaucoup changé de mains après l’annonce. A l’inverse, une fusion requiert d’obtenir 66 % du capital. Si Atos obtient les 50 % correspondant au seuil de caducité qu’il s’est fixé, il sera très proche des 66 %. Comme tous les actionnaires ne viennent pas aux assemblées générales et que le quorum minimum est beaucoup plus faible, il sera donc sans doute très proche de faire valider une fusion. La décision d’une OPR ou d’une fusion pourrait aussi dépendre d’autres considérations. Une fusion n’est jamais neutre. Tous ces éléments devront donc être pris en compte.

A noter enfin que Bull a perdu beaucoup d’argent dans les années 1980/1990 et dispose encore de 1,9 milliard d’euros de déficits reportables.


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