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La société d’investissement coté Eurazeo a annoncé avoir pris une participation de 10 % au capital de la marque de prêt-à-porter Desigual pour 285 millions d’euros, à l’occasion d’une augmentation de capital. Le fondateur du groupe, Thomas Meyer, conserve le solde du capital. Cet investissement servira notamment à soutenir et à accélérer le développement de Desigual et de son réseau de vente, ainsi qu’à construire un nouveau centre logistique. Créé en Espagne en 1984, Desigual conçoit et distribue des vêtements et accessoires pour femmes, hommes et enfants. L’entreprise a multiplié par dix son chiffre d’affaires depuis 2007, qui a atteint 828 millions d’euros en 2013, et dégage une marge d’Ebitda de 29 %. L’opération valorise la société à 2,7 milliards d’euros. Fin 2013, Desigual comptait 405 boutiques dans 109 pays, 2 500 corners dans des grands magasins et plus de 11 000 points de vente multimarques dans le monde. Desigual devient la seconde participation d’Eurazeo dans le prêt-à-porter, après son entrée au capital de Moncler en juin 2011, suivie d’une introduction en Bourse en décembre dernier, permettant au groupe de multiplier son investissement initial par 2,75 en deux ans. Eurazeo était conseillée en interne par sa direction juridique menée par Nicolas Huet, directeur juridique, assistée par le cabinet espagnol Uria & Menendez. La cible avait pour conseil le cabinet Freshfields Bruckhaus Deringer à Barcelone.
L’interview de : Frans Tieleman, directeur associé d’Eurazeo
Pourquoi Eurazeo a-t-elle décidé d’investir dans Desigual ?
Cette opération correspond à nos objectifs d’investissement. Nous cherchons à identifier des marques et des technologies qui présentent un potentiel de forte croissance à l’international, ce qui est le cas de Desigual. Le fondateur, Thomas Meyer, était à la recherche d’un partenaire pour soutenir son développement. Il nous a donc contactés pour que nous investissions dans son groupe. C’est une transaction très intuitu personae. Nous avons discuté pendant environ un an avant de conclure la transaction. Il s’agit d’un véritable partenariat, il était donc important qu’on se connaisse bien et qu’on installe de la confiance. Eurazeo a pour politique de prendre son temps avant d’investir.
Eurazeo indique avoir obtenu des droits de gouvernance et de protection de l’investissement. Comment ces droits se traduisent-ils ?
Nous aurons deux sièges au conseil d’administration sur six, voire sept car il est possible que nous nommions ensemble un administrateur indépendant. Pour protéger notre investissement nous avons prévu la possibilité d’augmenter notre quote-part au capital si les choses ne se déroulent pas comme prévu.
Comment avez-vous négocié le montant de votre investissement et votre rôle dans la stratégie du groupe ?
La valorisation de l’entreprise représente un multiple de 10 fois l’Ebitda. Nous prenons donc 10 % du capital, financé à 100 % en equity, ce qui correspond à un mix entre ce dont l’entreprise a besoin pour son développement et le bon équilibre de notre portefeuille en termes d’allocation. Nous cherchons toujours à diversifier notre portefeuille donc cette part constitue un juste milieu. Nous considérons qu’il s’agit d’un très bel investissement à un prix tout à fait intéressant. Nous avons certes une position minoritaire au capital, mais nous obtenons un tiers des sièges au conseil d’administration et avons négocié une gouvernance qui conduira à des prises de décisions stratégiques communes, car Thomas Meyer voulait un véritable partenaire pour son développement à l’international. Il a par ailleurs réalisé ses propres due diligences auprès de chefs d’entreprise que nous accompagnons et notre track record l’a convaincu de solliciter notre soutien stratégique.
Quelle est la stratégie du groupe pour les prochaines années ?
Actuellement, la France et l’Espagne sont le cœur de l’activité de Desigual. L’Allemagne, l’Italie et le Benelux présentent beaucoup de potentiel de développement et nous souhaitons y atteindre le même taux de pénétration du marché. Nous voulons également poursuivre le développement de la marque aux Etats-Unis, au Japon et au Brésil. Ces orientations n’influeront sans doute pas sur la croissance dans les deux ou trois prochaines années, mais présentent beaucoup de potentiel d’ici cinq à six ans.
Est-ce à dire que vous revendrez votre participation à l’issue de cette période ?
Notre horizon de sortie est flexible, mais cette période de cinq-six ans correspond à notre stratégie d’investissement. Nous pourrons néanmoins réaliser une sortie partielle si l’occasion se présente, comme nous l’avions fait pour Moncler avec une introduction en Bourse. A moyen terme, nos efforts se concentreront principalement sur le développement de la société. Nous déciderons des différentes options pour l’évolution de notre partenariat d’un commun accord avec Thomas Meyer.