Day One vient de publier son dixième baromètre d’associés. Un anniversaire qui offre l’occasion d’analyser les tendances majeures qui ont marqué la dernière décennie. Revue de détail en exclusivité par Option Droit & Affaires.
Depuis 2006, Day One réalise chaque année un baromètre annuel des mouvements d’associés de cabinets d’avocats d’affaires. Cette année, l’équipe de Jérôme Rusak a compilé dix ans d’informations pour en tirer quelques tendances majeures. Tout d’abord, le nombre de mouvements, qui est de 1970. Depuis 2011, il se situe à environ 225 par an. Avant 2011, la moyenne des mouvements par an était de 169. Le corporate M&A est la spécialité la plus prisée (22 % des mouvements sur dix ans). «C’est une expertise centrale à partir de laquelle d’autres spécialités vont pouvoir être développées», indique l’étude. C’est également la pratique la plus rémunératrice pour les structures et, de fait, très souvent, la première à être déployée.
La crise économique et financière est sans doute l’une des explications de cette valse d’avocats, mais le positionnement des femmes au sein des cabinets en est une autre. Car si, en 2006, un mouvement sur cinq concernait une femme (22 % des mouvements), le chiffre se porte aujourd’hui à un sur trois (soit 35%) ! La spécialité la plus féminisée est le droit de la santé. Il représente 57 % des changements. Ce sont les cabinets issus des Big Four qui comptabilisent le plus de recrutement d’associées femmes.
L’accession laborieuse au partnership
Autre élément d’interprétation : l’accession de plus en plus difficile au partnership interne. Il est aujourd’hui laborieux pour un collaborateur senior de remplir les critères quantitatifs nécessaires à une cooptation, particulièrement dans les cabinets anglo-saxons. Les avocats ont donc tendance à se tourner vers des cabinets français pour accéder à l’association. «Pour fidéliser des avocats doués techniquement mais n’ayant pas forcément d’appétence au business development, beaucoup de cabinets ont créé des statuts alternatifs à l’associé equity, comme le counsel, le local partner, le pré-associé, l’associé non equity. Des terminologies différentes qui ont toutes pour ambition de motiver l’avocat, de le responsabiliser, de le faire progresser en management et bien sûr de lui offrir une rémunération plus élevée », témoigne Jérôme Rusak.
L’émergence des boutiques de niche
L’émergence de boutiques de niche est une autre tendance de ces dix dernières années. Day One en a identifié plus de 250 nouvelles durant cette période. Depuis dix ans, 33 % des mouvements d’associés se sont d’ailleurs faits vers des structures créées au cours des vingt-quatre mois précédents. L’associé de Day One s’attend «à une vague de consolidation de ces boutiques se traduisant par un rapprochement de certaines d’entre elles leur permettant de franchir un palier de développement ou d’accéder à des dossiers internationaux nécessitant plusieurs compétences». Les dernières annonces lui donnent d’ailleurs raison, notamment en matière de restructuring. Lefèvre Pelletier & associés et CGR Legal viennent par ailleurs d’annoncer leur fusion.
Les cabinets des Big Four à l’honneur en 2015
Si 2015 s’inscrit dans la moyenne des chiffres des dernières années avec une petite hausse de 5 % des mouvements par rapport à 2014, plusieurs enseignements de l’étude sont néanmoins intéressants à noter. Tout d’abord, sur 220 mouvements, 18 associés sont issus d’une structure «non-avocats». Un chiffre à comparer au record de 2008 (19). «Sur dix ans, ce chiffre est de 7 % en moyenne (141 mouvements). Les entreprises (44), la haute administration (20), les banques (16) et la politique (16) sont les principales sources d’associés “externes” pour les cabinets», indique l’étude.
Autre élément intéressant : les Big Four n’ont jamais recruté autant d’associés externes (11 arrivées d’associés en 2015). Et, contrairement à ce que l’on pourrait penser, le droit fiscal n’est pas la seule cible de recrutement. Tous les secteurs sont concernés : le droit financier, le droit de la concurrence, le droit des sociétés, l’immobilier, l’IP/IT ou le private equity. «Ne serait-ce pas la preuve de leur volonté de faire évoluer leur modèle qui consistait auparavant à privilégier le développement d’une pratique fiscale ?», s’interroge Jérôme Rusak. C’est en tout cas ce qu’EY Société d’avocats a annoncé en 2015 dans son plan «Vision 2020».