La lettre d'Option Droit & Affaires

Focus

Grenelle du Droit 2 : la formation à l’honneur

Publié le 21 novembre 2018 à 14h28    Mis à jour le 21 novembre 2018 à 18h52

Chloé Enkaoua

Organisé le 16 novembre dernier au Palais Brongniart, le Grenelle du Droit 2 a permis de consolider les pistes lancées lors de la première édition et d’en faire émerger de nouvelles, qui seront prochainement soumises aux pouvoirs publics. Avec un principal cheval de bataille : la formation initiale et continue des professionnels du droit.

L’an dernier, à la Maison de la Mutualité, le Grenelle du Droit avait permis de réunir près de 1 000 professionnels de la sphère juridique – avocats, juristes d’entreprise, notaires, universitaires, étudiants, magistrats… Sous l’impulsion de l’AFJE et du Cercle Montesquieu, tous avaient mis leurs efforts en commun en vue de répondre à trois objectifs : fédérer des professionnels du droit ayant encore trop tendance à fonctionner par «silos», débattre sur l’avenir de la filière juridique, et faire adopter des mesures communes afin de promouvoir l’attractivité du droit français et de garantir l’employabilité des professionnels. Rendez-vous était pris le 16 novembre dernier au Palais Brongniart pour la deuxième édition. L’occasion de présenter, après une année de réflexion, quelques actions concrètes à mettre en œuvre.

Un programme de formation commun sur les rails

La première plénière, intitulée «Désir de droit : la filière juridique, valeur d’avenir», a donné le ton. «Plus que jamais notre communauté, adossée à une filière repensée et rassemblée, peut jouer un rôle clé au cœur des évolutions de notre société, a introduit la présidente de l’AFJE, Stéphanie Fougou. A l’heure des mutations profondes, il est nécessaire de bâtir un socle de valeurs communes.» Parmi elles, la formation. Aurélien Hamelle, directeur juridique du groupe Total, a notamment annoncé qu’un groupe de travail allait réfléchir dès le mois de janvier prochain à la mise en place d’un programme de formation continue commun à toutes les professions du droit, dont les premiers cycles et modules devraient débuter en septembre 2019. «Ces cycles impliqueront notamment de fréquenter les lieux des autres, comme l’EFB ou encore l’ENM, afin de se rendre compte que l’on a tous les mêmes besoins de formation», a-t-il détaillé. Après avoir évoqué les retombées du rapport Darrois dix ans après sa remise – suppression des avoués, fusion des huissiers de justice et des commissaires-priseurs judiciaires, interprofessionalité d’exercice et capitalistique –, le directeur des Affaires civiles et du Sceau, Thomas Andrieu, a enfoncé le clou : «La formation des professions du droit est aujourd’hui beaucoup trop fragmentée. Il faut notamment qu’elle soit plus professionnalisante. L’unité doit commencer par là.»

Cinq ateliers ont ensuite été proposés aux participants : «Réinventer l’accès aux professions par l’égalité des chances et l’engagement sociétal», «S’augmenter par la mobilité», «Apprendre et former pour accroître l’employabilité», «Renforcer la filière juridique avec son socle commun», et «Encourager l’innovation du juriste du XXIe siècle». Parmi les principales pistes proposées lors de leur restitution citons la sensibilisation aux carrières du droit le plus tôt possible lors du cursus scolaire, une cartographie des offres de formation à destination des étudiants, l’introduction d’un enseignement déontologique à l’université, ou encore le développement de formations continues et de coaching afin d’apprendre le fonctionnement des machines à des professionnels du droit aux prises avec la digitalisation de leur fonction.

S’ouvrir aux autres et à la nouveauté

Le point d’orgue de la matinée a été le discours du Premier ministre, Edouard Philippe, lors de la plénière conclusive. «La mère de toutes les batailles professionnelles, c’est la formation, a-t-il ainsi affirmé. Une formation plus pratique, tournée vers d’autres champs pas forcément juridiques. Car on ne peut former durablement de bons juristes en ne leur faisant faire que du droit.» Le Premier ministre a également fait quelques recommandations à une assemblée de juristes au diapason : «Nous avons besoin de professionnels qui raisonnent en stratèges en intégrant le numérique à leur métier, en bâtissant des ponts – pourquoi ne pas, par exemple, réunir dans une même structure des professionnels du droit et du chiffre, mais aussi des médecins, architectes, ingénieurs… ? –, et en consolidant la mobilité professionnelle entre filières.» Sur ce dernier point, quelques propositions ont également été faites, comme favoriser la mobilité via le développement des connaissances des passerelles existantes, ou encore favoriser l’interprofessionnalité en facilitant les modalités de travail en commun. Toujours dans une optique d’harmonie et d’unité, Stéphanie Fougou a également émis l’idée d’un grand ministère de la Justice pour chapeauter l’ensemble des professions juridiques qui dépendent de tutelles différentes.

Toutes ces propositions vont à présent faire l’objet d’un livre blanc qui sera remis au gouvernement dans les prochaines semaines. Affaire à suivre lors de la troisième édition du Grenelle du Droit, dont la mise en place a d’ores et déjà été annoncée pour la fin de l’année 2019.


La lettre d'Option Droit & Affaires

Stéphane Sabatier rejoint Winston & Strawn

Marie-Stéphanie Servos

Le bureau parisien de la firme américaine se dote d’un nouvel associé en corporate en la personne de Stéphane Sabatier.

Lire l'article

Chargement…