Ledger, une start-up française spécialisée dans la sécurisation du stockage des crypto-monnaies, lève 75 millions de dollars (61,2 millions d’euros) auprès de plusieurs fonds français et internationaux.
Sursouscrite, cette levée de série B a été menée par le VC américain Tim Draper, via différents fonds, aux côtés de First Mark, Korelya Capital (le fonds de Fleur Pellerin) et Cathay Capital. Des investisseurs historiques participent également à l’opération. La jeune pousse avait en effet collecté 7 millions d’euros en mars 2017 auprès de MAIF Avenir (lead), Xange, Wicklow Capital, GDTRE, Libertus Capital, Digital Currency Group, The Whittemore Collection, Kima Ventures, BHB Network et Nicolas Pinto. Un tour d’amorçage avait également été réalisé en 2015 pour 1,3 million d’euros.
Créé en 2014 et dirigé par Eric Larchevêque, Ledger commercialise une sorte de coffre-fort pour crypto-monnaies prenant la forme d’une clé USB. La société aurait ainsi déjà vendu près de 1 million d’exemplaires. Déjà rentable, elle emploie près de 80 salariés basés dans ses bureaux à Paris, Vierzon et San Francisco, et fournit une clientèle répartie dans 165 pays.
Pour rappel, Ledger a récemment conclu un partenariat technologique avec Gemalto, leader mondial de la sécurité numérique, afin de fournir une infrastructure de sécurité élevée pour les applications liées aux crypto-monnaies. Baker McKenzie a accompagné Ledger avec Matthieu Grollemund, associé, Hélène Parent et Gautier Valdiguié. De Pardieu Brocas Maffei a conseillé les nouveaux investisseurs, en particulier les fonds Draper, avec Jean-François Pourdieu, associé, et Matthieu Candia en corporate. Brubaker Law, à San Francisco, les a également épaulés. Taylor Wessing a assisté First Mark avec Nicolas de Witt, associé, en corporate. Chammas & Marcheteau a conseillé Cathay Innovation avec Lola Chammas, associée, et Romain Penloup.
Le conseil de Ledger : Matthieu Grollemund, associé Baker McKenzie
Quel est l’objectif de ce nouveau tour de table ?
Ledger est un des leaders mondiaux dans la sécurisation des crypto-monnaies et actifs inscrits dans une blockchain. La société, qui connaît un vif succès commercial, recherchait des fonds pour assurer son développement. Cette levée doit en effet lui permettre de poursuivre son extension internationale, d’étoffer ses équipes, mais également de diversifier ses produits en élargissant l’utilisation de sa technologie à d’autres applications.
Quelles sont les caractéristiques de l’opération ?
Il s’agit d’une augmentation de capital réservée d’actions de préférence assez classique, mais qui a suscité un très fort intérêt de la part des investisseurs. L’opération, menée en seulement quatre semaines, a ainsi largement été sursouscrite, ce qui témoigne de l’appétit des investisseurs pour les fintech. Les dirigeants et actionnaires historiques de l’entreprise ont toutefois fait le choix d’arrêter la levée à 75 millions de dollars afin de limiter leur dilution. Cette transaction témoigne qu’aujourd’hui, les sociétés innovantes peuvent obtenir autant de capitaux, voire plus, par le biais d’une levée de fonds que dans le cadre d’une introduction en bourse et, ce, dans un calendrier plus rapide et avec moins de contraintes réglementaires.
Quels ont été les points d’attention ?
L’enjeu est évidemment de protéger les intérêts de la société et des fondateurs tout en trouvant un équilibre avec la protection des droits des différents investisseurs. Au-delà de cet aspect, il était important de concevoir une documentation qui soit conforme au droit français, tout en étant familière de celle à laquelle les investisseurs étrangers, et notamment américains et asiatiques, sont habitués.
Les régulateurs mettent le public en garde contre la volatilité du bitcoin. N’existe-t-il pas un risque pour les sociétés, comme Ledger, qui sont liées à cette crypto-monnaie ?
Le projet est bien plus ambitieux que le bitcoin, qui est par nature spéculatif et volatile. Nous assistons certainement à la fin d’une bulle. La protection d’actifs incorporels par la blockchain a un grand potentiel. Nous sommes sollicités par de grands industriels qui s’intéressent actuellement à ces applications, que ce soit pour l’échange de titres financiers, l’enregistrement de marques ou l’assurance-crédit, par exemple. Ledger s’inscrit dans cet écosystème. L’utilisation de ses produits ne se limite pas au bitcoin, mais permet de sécuriser ce genre d’actif incorporel dans un coffre-fort.