Dans un rapport publié il y a quelques jours, Linklaters met en avant l’essor du marché de l’infrastructure en Europe. Désormais soutenu par une large palette d’investisseurs, il progresse notamment grâce au développement des actifs alternatifs.
Il est désormais loin le temps où l’infrastructure était la chasse gardée de quelques investisseurs spécialisés. Aujourd’hui, cette classe d’actifs reconnue et mainstream attire un grand nombre d’acteurs au profil varié, entraînant par là même une hausse des transactions. Selon l’étude menée par Linklaters, le nombre de deals en Europe est passé de 272 à 441 entre 2012 et 2017, pour une valeur cumulée qui a progressé de 43,6 milliards de livres (49,8 milliards d’euros) à 68,8 milliards de livres (78,7 milliards d’euros) sur la même période. Soit, dans les deux cas, une hausse d’environ 60 %. « Les Etats se sont progressivement désengagés des infrastructures en confiant leur gestion à des acteurs privés, indique Paul Lignières, associé et coresponsable du groupe mondial infrastructure de Linklaters. Les contraintes des budgets publics ont poursuivi ce mouvement ; l’ensemble des investissements ne pouvant plus être porté par les entités publiques.»
Une hausse des actifs alternatifs
Mais tous les actifs n’ont pas progressé de la même manière. La progression du marché a en effet été tirée par le développement des investissements dans les actifs dits «non core» ou alternatifs, autrement dit des actifs plus risqués, ne bénéficiant pas d’une situation de monopole ou quasi-monopole, à l’image de la production d’énergies renouvelables, ou des parkings. Ainsi, depuis 2013, ces deals représentent en moyenne près de 50 % de la valeur totale des transactions. «Ces opérations ont bénéficié d’une certaine saturation du marché des actifs traditionnels. La concurrence sur la vente d’aéroports, de concessions d’autoroutes, de distribution d’eau ou de gaz, par exemple, est particulièrement intense, poursuit Paul Lignières. Il n’est pas rare de voir une trentaine d’acteurs présenter des marques d’intérêt. Cette compétition et la hausse des prix qu’elle a entraînée ont poussé les investisseurs à se tourner vers des deals plus risqués.» Le rapport souligne ainsi que «les actions contraignantes des régulateurs sur les taux de rendement autorisés pour les infrastructures traditionnelles rendent encore plus attractifs les actifs alternatifs, moins réglementés».
A cet effet d’éviction, s’ajoute une évolution de certains secteurs qui bénéficient aujourd’hui d’une meilleure visibilité. «Dix ans plus tôt, de fortes incertitudes pesaient sur l’avenir des énergies renouvelables, souligne l’associé. De nombreux acteurs économiques se demandaient si ces nouveaux modes de production allaient réussir à s’installer sur le marché. Or, depuis la COP 21 et les engagements pris par les Etats en faveur de la transition énergétique, il est désormais clair qu’il s’agit d’une tendance pérenne.» Plus confiants quant à son développement, les investisseurs n’hésitent plus à miser sur ce secteur.
Près de 1 200 milliards de dollars à investir
Qu’il s’agisse d’actifs traditionnels ou alternatifs, l’infrastructure européenne semble en tout cas avoir de beaux jours devant elle. Dans un environnement de taux bas, les investisseurs sont en quête d’opportunités de rendement. L’étude estime ainsi que 1 200 milliards de dollars (983 milliards d’euros) pourraient être investis sur ce marché au cours des dix prochaines années.
Enfin, l’envie d’investir ne doit pas empêcher une certaine vigilance. «Dans certains pays, notamment émergents, nous avons vu des opérations se conclure dans des conditions plus que favorables aux acteurs financiers et étrangers. Or ce déséquilibre me paraît dangereux, prévient Paul Lignières. Si l’équilibre entre les parties et le respect de l’intérêt général ne sont pas respectés, il est fort probable que les pouvoirs publics remettront en cause le contrat quelques années plus tard, en contestant les conditions tarifaires, voire en en décidant une renationalisation et il ne faudra pas s’en étonner. Ce que l’on appelle le risque politique n’est parfois que la contrepartie de comportements abusifs.» Attention donc aux affaires trop belles pour être vraies.