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Juriste dans une legaltech : spécificités ou nouveau métier ?

Publié le 25 avril 2018 à 16h00

Aurélia Gervais

Les outils développés par les legaltech modifient le périmètre des fonctions juridiques, mais offrent également de nouvelles perspectives de carrière aux professionnels du droit.

Si l’utilisation des outils digitaux offre aux chefs d’entreprise, juristes et avocats un gain de temps considérable sur les tâches les plus chronophages et à faible valeur ajoutée, elle crée également de nouvelles opportunités professionnelles. «Des ingénieurs, souvent appelés legal data scientist ou data analyst, intègrent désormais les legaltech, les directions juridiques et les cabinets d’avocats, pour effectuer de l’analyse big data juridique et obtenir des données statistiques, précise Jérôme Rusak, associé de Day One, cabinet de conseil en management et organisation spécialisé dans les professions juridiques. A terme, on peut envisager que des juristes se consacrent exclusivement à l’analyse de ces informations, afin d’effectuer des recommandations utiles dans le cadre de contentieux, par exemple.»

Une autre fonction, souvent au centre de l’activité des legaltech, en particulier celles spécialisées dans la production de contrat, est celle de juriste développeur : «Il s’agit de notre métier historique, explique Philippe Wagner, cofondateur de Captain Contrat. Après avoir réalisé un benchmark des clauses qui sont les plus fréquemment retrouvées dans un contrat, le juriste développeur en mesure la pertinence et étudie leurs variantes. Il entre ensuite ces données dans un arbre de décisions permettant de générer automatiquement des contrats, après avoir posé des questions précises aux clients sur leur situation.» Un avocat relit alors le contrat rédigé et y apporte les corrections nécessaires, le cas échéant. Dans ce cas, l’arbre de décisions est modifié par le juriste, ce qui permettra, dans le futur, d’établir un contrat similaire de manière plus précise et rapide. «Le profil idéal pour ce poste est un juriste spécialisé en droit des contrats, possédant au moins deux ou trois ans d’expérience, ainsi que de précieuses connaissances sur l’architecture des contrats», poursuit-il. Au-delà de ces métiers techniques, les legaltech sont également pourvoyeuses de postes au sein de fonctions supports, généralement à la frontière entre le juridique et d’autres matières, comme la communication et le marketing. C’est ainsi que les «juristes vulgarisateurs» de Captain Contrat sont chargés de rendre le droit accessible à travers la production de différents contenus.

Une évolution plus qu’une création

S’il est évidemment impossible de dresser une liste exhaustive des différents métiers existants au sein de ces nouveaux acteurs, ces postes représentent souvent plus une évolution des fonctions historiques qu’un nouveau métier en tant que tel. «Peu importe la structure dans laquelle il travaille, lorsqu’un juriste rédige un modèle, il identifie en amont les clauses les plus pertinentes, poursuit Jérôme Rusak. La différence réside dans le fait que ces modèles standardisés n’étaient pas automatisés par le passé. Les legaltech en ont fait aujourd’hui un business model.» Toutefois, l’associé de Day One n’exclut pas la création de nouvelles fonctions juridiques liées au conseil. «Demain, avec la digitalisation, la revue des contrats sera entièrement réalisée par la machine. Or, celle-ci devra être paramétrée, alimentée et éduquée, considère-t-il. Les legaltech enverront probablement des consultants, sûrement des juristes, dans les cabinets ou directions juridiques, pour faciliter le déploiement de l’outil, le paramétrer et faire en sorte qu’il corresponde au besoin du client.» Ayant des connaissances juridiques et digitales pointues, ces juristes seront alors en mesure de cerner leurs attentes.

Pour l’heure, les postes au sein des legaltech semblent davantage attirer des jeunes diplômés. Ainsi, chez Captain Contrat, la moyenne d’âge se situe à 28 ans. Une question de rémunération ? Pas seulement pour le fondateur de la jeune pousse : «Nous pouvons nous permettre de recruter des juniors, car tous nos contrats sont relus par des avocats plus expérimentés, indique Philippe Wagner. Toutefois, de manière générale, les jeunes juristes sont plus intéressés par les legaltech que les générations précédentes.» Une réalité qui pourrait toutefois évoluer avec la maturation du marché et une hausse de la demande de profils plus expérimentés. De belles opportunités sont donc à venir pour les juristes possédant une appétence pour le digital. D’autant plus que le conseil d’orientation pour l’emploi estime, dans un rapport publié en septembre 2017, que la France pourrait affronter une pénurie de 80 000 postes dans le domaine du numérique d’ici l’année 2020.


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