D’après une enquête du Conseil des barreaux européens (CCBE) et de l’Association internationale des jeunes avocats (AIJA), 61,54 % des jeunes avocats européens interrogés pensent que la plus grande menace pour leur profession est sa résistance à l’innovation. Loin devant les prestataires alternatifs de services (29,49 %) et les technologies remplaçant certaines ressources humaines (28,21 %). Ce changement de modèle économique des cabinets d’avocats nécessite de se concentrer totalement sur les besoins des clients.
Les avocats ne peuvent pas échapper aux start-up du droit. Un avis partagé par 28,72 % des personnes interrogées par le CCBE et l’AIJA, selon qui l’offre de services juridiques sur des plateformes en ligne va très vite augmenter de manière importante. Et même si ce type d’offres concerne avant tout les particuliers ainsi que les TPE et les PME, leurs parts de marché grandissantes imposent à tous les cabinets d’affaires, même les plus puissants, de s’adapter. «Nous devons comprendre ce qui, aux yeux de nos clients, a de la valeur», explique Robert Bourns, président de la Law Society of England and Wales, lors du congrès CCBE le 21 octobre. D’ailleurs, d’après une récente étude de la Law Society, 60 % des clients achètent des services juridiques car ils veulent des conseils spécialisés. La véritable valeur ajoutée de l’avocat va donc être son raisonnement et son relationnel. «Tout n’est pas automatisable, le droit et le conseil juridique nécessitent de la créativité», confirme Christophe Chevalley, directeur général de Rocket Lawyer Europe. La moindre tâche répétitive commence pourtant à être automatisée ou décentralisée. Le cabinet anglo-saxon Clifford Chance, par exemple, n’hésite pas à sous-traiter certains conseils juridiques à des services de legal process outsourcing (LPO) en Inde, comme 55,95 % des cabinets qui ont répondu au CCBE. «En tant que secteur, nous devons apporter des preuves tangibles qui démontrent à nos clients et à nos avocats que nous sommes capables d’innover. Ce qui est important pour nous c’est d’apporter de la valeur ajoutée au client et de coordonner la totalité des nos activités au service du client», témoigne Bas Boris Visser, avocat associé et directeur innovation and business change de Clifford Chance.
L’avenir proche des robots
Et lorsqu’il ne s’agit pas de LPO, d’autres misent sur les nouvelles technologies pour continuer à être performants. Ainsi Dentons a annoncé la semaine dernière un partenariat avec la start-up du droit Predictice afin de développer une application de justice prédictive pour les litiges commerciaux et sociaux. Mi-juin aux Etats-Unis, DLA Piper a signé un partenariat avec Kira Systems afin de mettre en place un logiciel d’intelligence artificielle d’analyse des contrats juridiques pour les procédures de fusions-acquisitions. Latham & Watkins et Clifford Chance réfléchissent, eux, au développement d’intelligences artificielles. De son côté, le cabinet américain BakerHostetler a même acquis Ross le Robot en mai dernier. «La robotique prend un essor rapide, c’est indéniable. Cependant, nous détenons de la connaissance et il faut le reconnaître. Il faut s’inspirer du temps libéré par ces robots pour rendre des services plus efficaces», développe un représentant de la German Bar Association travaillant sur l’avenir des services juridiques d’ici 2030. L’utilité et la pertinence des juristes ne sont pas remises en question, mais le contenu de leurs services est amené à évoluer. «Nous créons des systèmes d’intelligence artificielle pour aider les avocats dans leur exercice. Grâce à Ross, ils peuvent affiner leurs recherches. Il apporte des réponses précises à leurs questions et devient de plus en plus intelligent», argumente Andrew Arruda, fondateur et directeur général de Ross Intelligence.
La formation, c’est pour maintenant
Néanmoins, la première chose sur laquelle ces praticiens du droit doivent travailler est la formation. «Le facteur le plus important de rupture dans le marché du droit n’est pas les robots, mais la marchandisation. Ne rien faire n’est pas une solution. Il faut changer notre modèle économique et percevoir le marché d’un point de vue mondial», alerte Jaap Bosman, auteur de l’ouvrage «Death of a Law Firm». Etre avocat aujourd’hui signifie aussi être un chef d’entreprise, quelle soit une TPE ou une multinationale. «Les universités apprennent aux étudiants à reproduire le droit, ce que les robots et les intelligences artificielles savent faire. Nous devons leur apprendre la stratégie, comment diriger un cabinet ainsi que le raisonnement juridique», poursuit le cofondateur de TGO Consulting. Un conseil suivi par l’EFB de Paris qui propose des modules «management et développement des cabinets» et «développement professionnel». Un début. La plupart des managing partners actuels n’ayant pas eu l’occasion de suivre de tels enseignements, certains ont fait le choix de laisser entrer dans leur cabinet des gestionnaires non avocats.