Total accélère le développement de ses activités autour de la recharge de véhicules électriques.
Après les acquisitions de PitPoint en Europe en 2017 et de 25 % de Clean Energy aux USA, qui lui ont permis d’accélérer dans le gaz naturel pour véhicules, le géant de l’énergie vient de finaliser l’acquisition de G2mobility, spécialiste des solutions de recharge de véhicules électriques. Total rachète, pour un montant non communiqué, les titres des trois fondateurs, Pierre Clasquin, Lionel Causse et Martial Diaz, et des actionnaires minoritaires Bpifrance et Nexans. Ce dernier était entré à hauteur de 5 % lors du troisième tour de la jeune pousse yvelinoise de 2,7 millions d’euros début 2016 et s’était renforcé l’année dernière lors d’une transaction secondaire, s’offrant la participation d’Innovacom, entré dès 2013 avec le fonds CDC Climat de Bpifrance. En trois tours, G2mobility avait levé près de 6 millions d’euros.
Avec plus de 25 % du marché des bornes installées par les collectivités publiques, et un chiffre d’affaires en croissance de plus de 50 % l’année dernière, la start-up apporte une compétence nouvelle à Total. Pionnier de son secteur depuis 2009, G2mobility développe et commercialise une solution de recharge complète et ouverte : des bornes connectées, opérées par une plateforme permettant de les piloter à distance, de proposer des services, notamment de gestion intelligente de l’énergie. Afin de contribuer à l’accélération du développement des infrastructures dédiées aux véhicules électriques, Total et Nexans ont en parallèle signé un accord de partenariat qui permettra à Total de bénéficier des capacités de production et du savoir-faire industriel de Nexans et à ce dernier de s’appuyer sur l’avance technologique de G2mobility, ainsi que sur la palette d’offres de Total. Le cabinet Viguié Schmidt & Associés conseillait G2mobility et ses actionnaires avec Fabrice Veverka et François Bourrier-Soifer, associés, Quentin Bertrand sur les aspects M&A/corporate, et Christel Alberti, associée, ainsi que Maxence Dubois sur les aspects fiscaux. Total était conseillé par le cabinet Dentons avec Guillaume Panuel, associé, Cécile Bayle et Alexis Carlevan en M&A/corporate, Fabrice Korenbeusser sur les aspects fiscaux et Leila Hubeaut, associée, en énergie.
Le conseil de G2mobility : Fabrice Veverka, associé chez Viguié Schmidt & Associés
Dans quel contexte s’inscrit cette opération ?
Il n’échappe à personne que les activités liées au développement du véhicule électrique sont sous le feu des projecteurs depuis quelques années, dans le contexte de la mise en œuvre de la transition énergétique. Le mouvement s’est accéléré plus récemment avec l’augmentation du parc de véhicules électriques de manière exponentielle et l’intérêt des grands industriels pour cette chaîne de valeur. Nous assistons à un mouvement de consolidation rapide qui devrait se poursuivre dans les douze à vingt-quatre prochains mois. Dans un secteur à forte intensité capitalistique, il est crucial pour les start-up détenant une technologie innovante de profiter de cette fenêtre de tir pour intégrer le giron d’un industriel capable de leur donner les moyens d’atteindre rapidement les prochains paliers de développement.
G2mobility a développé un savoir-faire assez unique sur la partie software des solutions de recharge pour véhicules électriques. Ce qui lui a valu l’intérêt de Total, qui s’est avéré le «repreneur idéal» avec une offre qui ne se refuse pas, et des perspectives de développement qui lui permettent à la fois de continuer à innover en toute autonomie et de bénéficier de l’expertise du géant de l’énergie, qui se déploie de manière tout à fait conséquente sur les énergies «décarbonnées».
Nexans, qui avait investi dans le capital de la start-up depuis 2016, n’était-il pas plus légitime pour être le repreneur idéal ?
Certes, la spécificité de G2mobility est qu’elle avait déjà un corporate comme actionnaire minoritaire de référence. Nexans, qui a participé à son troisième tour en 2016, s’était encore renforcé l’année dernière en devenant un minoritaire significatif avec près du tiers du capital. Le projet porté par Total s’est cependant avéré le plus convaincant pour toutes les parties prenantes, y compris pour Nexans, qui maintiendra – et étendra – des liens avec G2mobility grâce à un accord de partenariat industriel conclu avec Total à l’occasion de la réalisation de cette opération.
Quelles ont été les particularités juridiques de cette opération ?
Au-delà de la mécanique contractuelle qu’il a fallu mettre en place très rapidement dans un contexte de process non intermédié, il n’y a pas eu de vraies difficultés techniques à surmonter. La principale spécificité juridique de cette opération réside surtout dans le fait qu’il n’y ait pas de garantie de passif, ce qui est finalement relativement rare dans le cas d’une cession à un acquéreur industriel dans un contexte comme celui-ci. La transaction comprend un complément de prix assis sur des déclarations effectuées par les dirigeants, qui sera payé à la fin de la période d’earn-out en fonction de l’exactitude ou non de ces déclarations. Cette modalité permet de traiter tous les actionnaires pari passu, malgré l’hétérogénéité de leurs profils.