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Fonds LBO : Entre optimisme et challenges

Publié le 28 février 2018 à 14h56

Coralie Bach

Malgré un environnement mondial plutôt porteur, le nombre de LBO a légèrement reculé en 2017. Or, au vu des montants de capitaux non encore appelés, les fonds vont devoir faire preuve de plus d’audace afin d’augmenter le nombre de leurs transactions.

La dernière édition du rapport de Bain & Company sur le marché mondial du private equity confirme le dynamisme du non coté. Première bonne nouvelle, plus de 700 milliards de dollars ont été alloués à cette classe d’actifs en 2017, un niveau quasi équivalent au record enregistré en 2016. Mais surtout, la période 2012-2017 constitue le meilleur quinquennat en matière de levées de fonds, avec près de 3 trilliards de dollars collectés. Les premiers bénéficiaires de cet appétit des LPs sont les fonds LBO, à commencer par les mégafonds (de plus de 5 milliards de dollars). Les dix plus gros véhicules closés en 2017 ont ainsi tous été sursouscrits, ce qui leur a permis de dépasser leur objectif initial.

Conséquence directe de ces importantes levées, la «poudre sèche» (montants restant à investir par les fonds) ne cesse de croître. Fin 2017, les capitaux non appelés représentent 633 milliards de dollars, soit une augmentation moyenne de 12 % par an sur ces cinq dernières années. Un défi pour les fonds qui sont contraints d’investir dans un calendrier donné. Les GPs vont donc devoir accélérer sur le front des acquisitions, en augmentant à la fois le nombre et la taille de leurs acquisitions. Car, si le nombre total de transactions majoritaires a légèrement augmenté entre 2016 et 2017 (+ 2 %), le nombre de LBO a quant à lui baissé au niveau mondial (14 %). En effet, une grande partie de l’activité des fonds est portée par les build-up qui ne représentent pas moins de 50 % des deals en volume, et près de 25 % en valeur. En outre, malgré la maturité du private equity, les LBO et build-up ne représentent que 8 % des deals mondiaux ; l’essentiel des transactions étant mené par les corporates.

Des dettes sans covenant

Cette concurrence entre les acheteurs se traduit par une hausse des valorisations de 19 % (en incluant les build-up), portée par les facilités de financement. Le niveau de dette moyen sur les LBO américains a par exemple atteint six fois l’Ebitda. Des montages qui se constituent, en outre, dans des conditions très favorables pour les emprunteurs : «En Europe et aux Etats-Unis, nous avons constaté que près de 75 % des dettes seniors sont accordées sans covenant (ratio financier que l’entreprise doit respecter)», souligne Jean-Marc Leroux, responsable France de l’activité private equity de Bain & Company.

Les vendeurs ont naturellement profité de cette conjoncture, avec un volume de cession en hausse de 3 %, chacune des voies de sortie – cession industrielle, LBO secondaire, et IPO – ayant progressé en volume au niveau mondial. La valeur totale des sorties LBO a ainsi atteint 366 milliards de dollars ; 2017 se positionnant comme la troisième meilleure année pour les cessions.

Pour autant, la rotation des portefeuilles ne s’est pas accélérée, bien au contraire. La durée moyenne de détention d’une participation est aujourd’hui de cinq ans, contre quatre ans avant la crise. De même, si les LBO détenus depuis moins de trois ans constituaient 40 % des sorties avant 2009, ils ne représentent plus que 20 % des cessions en 2017.

Enfin, l’étude met en avant quelques évolutions dans la stratégie des fonds. Conscients du besoin de création de valeur, les équipes portent une attention accrue aux compétences des managers et à la détection des meilleures équipes, et sont de plus en plus nombreuses à proposer un accompagnement opérationnel aux sociétés. Certaines mènent également des analyses afin d’évaluer les conséquences et opportunités que le digital peut avoir sur l’activité des participations. Une prise de conscience qui s’opère aussi progressivement sur le marché français. Selon une récente étude menée par Roland Berger pour Bpifrance, 21 % des sociétés de gestion disposent de ressources dédiées à l’accompagnement opérationnel, 33 % d’entre elles ont embauché un associé dédié à l’internationalisation, et 10 % ont recruté un chief digital officer.


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