Après avoir vendu Cyrillus/Vertbaudet puis La Redoute, le pôle Redcats de Kering vient de céder Movitex, qui exploite les marques Balsamik et Daxon, à son président, Jean-Joël Huber, et son comité de direction.
La stratégie du repreneur s’appuie sur un plan de relance autour de ces deux marques initié fin 2013, une nouvelle organisation logistique via la création d’une joint-venture avec le groupe Log’s, ainsi que sur la mise en place d’un large système d’actionnariat des salariés leur donnant accès à 45 % du capital de la holding de reprise, Movitex Sharing. Le repreneur et la société étaient conseillés par Wragge Lawrence Graham & Co, avec Jérôme Patenotte, associé, Sophie Mesnier-Teissèdre, directeur, et Raphaël Colins en corporate, Eglantine Lioret, associée, et Chloé Pitoun en fiscal, Constance de La Hosseraye, associée, et Marie-Aude Fichet, directeur, en immobilier, Valérie Blandeau, associée, et Mathias Contat Desfontaines en social, Yohann Toreau, associé, et Inès Daulouède en concurrence et distribution, ainsi que Danhoé Reddy-Girard, associé, en financement. Capstan est également intervenu en social, avec Gonzague Talvard, associé. Kering avait pour conseils Darrois Villey Maillot Brochier, avec Christophe Vinsonneau, associé, Loic Védie, counsel, et Jean-Guillaume Meunier en corporate, Brémond & Associés en restructuring, avec Guilhem Brémond, associé, et Baptiste Guérard, ainsi que le cabinet Franklin en social, avec Claire Fougea, associée, et Marion Brière Ségala, of counsel.
Le conseil de Movitex : Jérôme Patenotte, associé de Wragge Lawrence Graham & Co
Comment l’offre du dirigeant a-t-elle été retenue ?
Kering avait ouvert plusieurs options pour la cession du groupe. Leur recherche de repreneurs potentiels était assez large et ils ont reçu plusieurs marques d’intérêt, dont celle du dirigeant de Movitex, Jean-Joël Huber, et de son comité de direction, en vue d’intéresser l’ensemble des salariés. L’offre de Jean-Joël Huber a été retenue en exclusivité, sans doute du fait de sa particulière connaissance de l’entreprise. Par ailleurs, cette cession est intervenue à un moment particulier de la vie de l’entreprise. En effet, la marque Daxon s’adresse essentiellement à des personnes d’un certain âge selon un modèle de vente à distance. Movitex avait engagé un processus de rajeunissement de son modèle, avec notamment le développement d’Internet, mais surtout le lancement il y a un an d’une nouvelle marque, Balsamik, ciblant une clientèle plus jeune autour du concept d’adaptation morphologique et de complicité. L’aptitude du repreneur à déployer cette nouvelle marque était essentielle et Jean-Joël Huber apparaissait le mieux placé dans cette optique. Un autre élément important était bien entendu l’absence totale de plan social dans l’offre de ce repreneur, alors que les fonds d’investissement ont souvent une approche plus agressive en termes de gestion sociale.
Comment les salariés vont-ils pouvoir devenir actionnaire de la société ?
Alors que dans ce type de dossiers qui réunit de très nombreux salariés, on utilise généralement un outil de masse comme le FCPE, le repreneur de Movitex avait la volonté d’associer réellement les salariés à l’entreprise et a donc choisi de créer des SAS qui seront actionnaires de Movitex Sharing aux côtés de Jean-Joël Huber et du comité de direction. Chacune de ces sociétés réunira un des collèges de salariés de l’entreprise. Nous avons ouvert la souscription du capital de ces sociétés à tous les salariés, ce qui leur permettra d’obtenir au travers de ces SAS qui les regroupent de vraies actions de la holding de tête. En tant qu’associés, ils seront convoqués en assemblée générale, auront des informations sur la conduite de l’entreprise, les avancées du business plan, etc. L’accueil du projet par les salariés et la force de leur esprit d’entreprise autour de cette reprise resteront l’un des meilleurs souvenirs de ce dossier.
Quelles difficultés juridiques avez-vous rencontrées ?
La première difficulté juridique est le fait d’être capable de créer un système d’intéressement efficace pour un nombre très important de souscripteurs qui n’ont pas de culture juridique forte. Il a donc fallu beaucoup de pédagogie. Un autre aspect complexe a été le détourage de l’activité cédée, qui était intégrée à un grand groupe avec de nombreuses interactions et des fonctions très centralisées. Les sociétés sorties du giron de Redcats doivent pouvoir être autonomes au jour J et nous avons pour cela dû travailler sur la poursuite des activités nationales et internationales. Le processus de cession a duré plusieurs mois, car la société Movitex a ouvert une conciliation afin d’obtenir une homologation du plan de reprise par le tribunal de commerce de Lille. Enfin, la création de la joint-venture dans la logistique a également donné lieu à une négociation de contrat assez lourde, car il s’agissait d’un deal à part entière au sein de la transaction globale dont le dénouement devait être concomitant.