La plateforme tricolore de gestion financière et de comptabilité Pennylane lancée en 2020 boucle une nouvelle levée de fonds de 175 millions d’euros en série E, moins d’un an après la précédente. L’entreprise, qui cède environ 5 % de son capital, accueille à cette occasion le fonds américain TCV ainsi que Blackstone.
Nouvelle levée pour Pennylane. La société française réalise un tour de financement de série E de 175 millions d’euros, mené par le fonds américain TCV – qui a déjà investi dans Netflix ou Qonto – accompagné pour l’occasion par le véhicule growth du géant new-yorkais de la gestion d’actifs Blackstone. La transaction, qui valorise l’entreprise tricolore près de 3,5 milliards d’euros, est réalisée avec le soutien des investisseurs historiques DST Global, CapitalG – filiale d’Alphabet Inc., maison mère de Google – et Meritech Capital. En moins de deux ans, Pennylane – qui indique réaliser des tours sans en avoir l’impératif financier – a obtenu près de 115 millions d’euros, entre sa série D de 75 millions d’euros au printemps dernier (ODA du 9 avril 2025), et la précédente de 40 millions d’euros (ODA du 14 février 2024). Ce nouveau tour de table intervient dans le contexte de la réforme de la facturation électronique qui sera obligatoire pour les entreprises assujetties à la TVA au dernier trimestre 2026 et pour laquelle des acteurs comme Pennylane, Sage, Cegid ou Qonto se préparent à être des plateformes agréées. TCV est accompagné par Latham & Watkins avec Pierre-Louis Cléro, associé, Raphaël Darmon, counsel, Alexandre de Puysegur, en corporate. Blackstone est assisté par Willkie Farr & Gallagher avec Eduardo Fernandez et Hugo Nocerino, associés, Sylvain Bureau, en corporate. CapitalG et Meritech sont défendus par Cleary Gottlieb Steen & Hamilton avec Charles Masson, associé, Joseph Destribois, en corporate. Le fonds britannique Hedosophia, déjà présent au capital, est soutenu par Jones Day avec Jean-Gabriel Griboul, associé, Jérémie Noel et Thomas Leclercq, en private equity. L’investisseur historique Sequoia Capital est conseillé par Orrick avec Benjamin Cichostepski, associé, Johann Jabes, en private equity. Pennylane est épaulé par FTPA Avocats avec Charles-Philippe Letellier, associé, Priscille Maire et Aude Verdier, en private equity.
Le conseil de TCV : Pierre-Louis Cléro, associé chez Latham & Watkins
Quels sont les éléments marquants de ce nouveau tour ?
La levée de fonds de 175 millions d’euros par Pennylane intervient alors que la société a récemment rejoint le club des « centaures », ces start-up qui enregistrent un revenu récurrent annuel (ARR) dépassant les 100 millions d’euros. L’opération est encourageante et nous pouvons espérer qu’elle viendra, à la suite du tour récent d’Harmattan AI (de 200 millions de dollars, en série B, officialisé en janvier, ndlr), confirmer la reprise du marché après deux années de ralentissement. En 2024-2025, les levées de fonds ont souvent été de moindre envergure – à l’exception de quelques-unes comme celle réalisée par Mistral AI. La série E de Pennylane illustre aussi le dynamisme des investisseurs américains qui sont très présents sur le financement des start-up françaises, en particulier lorsque les montants levés sont significatifs. L’exemple est notamment vrai dans le domaine des logiciels et de l’intelligence artificielle. Les acteurs anglo-saxons ont une très bonne connaissance du marché tricolore, et il est fréquent que les transactions de ce type ne soient pas intermédiées. Les investisseurs ont souvent établi des relations plus tôt avec les sociétés intervenant dans leurs secteurs de prédilection.
Après une série E ou F, quelles sont les prochaines étapes, et sont-elles nécessairement anglo-saxonnes ?
Les étapes qui font suite pour les sociétés de croissance sont généralement de deux ordres : une entrée en Bourse ou la cession à un acteur industriel. Pour le premier cas, le marché des IPOs est dynamique outre-Atlantique, contrairement à celui en France, dont on espère une reprise rapide. En attendant, nous pourrions assister à des cotations de sociétés tricolores aux Etats-Unis, facilitées par la présence au capital d’investisseurs américains familiers de ces opérations sur leur marché d’origine. Pour le second, l’existence d’acteurs de très grande taille outre-Atlantique, en particulier dans la tech, facilite grandement les sorties pour les start-up. Ces groupes nord-américains disposent en effet de ressources financières significatives leur permettant d’offrir un « exit » attractif aux investisseurs et aux fondateurs.
Quels sont les défis de ce type d’opérations ?
La capacité à délivrer la transaction dans un laps de temps court est déterminante. Les opérations de growth sont généralement bouclées en quelques semaines. Pour les sociétés qui ont déjà réalisé plusieurs tours avec des investisseurs de haut niveau, le process est souvent facilité par la qualité de la documentation existante.
Le secteur technologique est-il à l’abri de la situation conjoncturelle en France ?
Le climat incertain que nous connaissons actuellement n’est bien entendu pas de nature à renforcer la confiance des investisseurs. Cela étant, le marché est assez dynamique et les sociétés leaders dans les industries porteuses comme la défense, la santé, l’intelligence artificielle ou les logiciels attirent les capitaux. Certains secteurs semblent donc relativement immunisés face aux turbulences. La tendance que nous observons est que le capital disponible tend à se concentrer sur les acteurs déjà robustes, soutenus par des dynamiques de marché solides.