Chasseur de têtes entre Genève et Paris, Olivier Pichot est le fondateur du Cercle Montesquieu et patron de HRCG, société spécialisée en recrutement. Il fait le point sur l’évolution des attentes des associés en quête d’un nouveau partenariat professionnel et des exigences des cabinets d’avocats vis-à-vis de leurs nouveaux «partners».
Votre cabinet est spécialisé dans le recrutement d’associés pour les cabinets d’avocats d’affaires. Au cours de ces deux dernières années, quels changements avez-vous constatés sur ce marché ?
En valeur constante, il y a eu, à mon avis, moins de mouvements ces deux dernières années mais ceux qui ont eu lieu ont été plus qualitatifs. Nous constatons par ailleurs une complexification du marché partout en Europe. Les échecs que certains cabinets ont pu essuyer lors de recrutements passés sont en partie liés à un manque de rigueur en matière de due diligences. Ils ont donc renforcé leurs critères en la matière, notamment en ce qui concerne la portabilité du portefeuille de clients qu’ils visent lorsqu’ils enclenchent une recherche de nouvelles forces vives. Si un avocat promet un apport de 5 millions d’euros en chiffre d’affaires et que celui-ci est divisé de moitié à l’arrivée, cela posera très vite un problème concernant sa pérennité. Les cabinets exercent de façon croissante une forme de droit de rétention de la clientèle. Ils appellent les clients pour les garder, quand un associé signifie son envie de partir pour de nouveaux horizons. Mais, in fine, c’est toujours le client qui décide. Un changement de directeur juridique ou financier et le conseil peut changer du jour au lendemain… De leur côté, les candidats ne sont pas en reste et relèvent aussi leur niveau d’exigences. Là où avant un associé aguerri pouvait passer facilement dix ans dans le même cabinet, la durée moyenne est plutôt de cinq ans. Et les premières interrogations sur l’opportunité de changer d’enseigne viennent souvent après trois ans de présence dans le cabinet. Les attentes montant de part et d’autre, certaines missions où on nous demande de chasser tel ou tel profil restent ouvertes car le «matching» n’a pas eu lieu.
Les cabinets anglo-saxons restent-ils plus courus que les boutiques hexagonales ?
Oui pour des raisons évidentes de rémunération. Le revenu annuel moyen d’un associé «equity» dans un cabinet anglo-saxon peut atteindre les 2 à 2,5 millions d’euros, tandis que pour l’associé d’un cabinet français ayant pignon sur rue, il tourne plutôt aux alentours du million d’euros. Sans parler bien sûr de la fiscalité plus avantageuse quand on fait partie d’une boutique américaine ou britannique. Mais le cabinet français peut tirer son épingle du jeu et remporter la mise, si sa marque est forte. Quelle que soit leur nationalité, je constate que tous les recruteurs travaillent de plus en plus sur l’identité de leur positionnement et l’homogénéité de leur culture d’entreprise.
Certaines pratiques connaissent-elles une saisonnalité de recrutement ?
En matière de restructuring, les demandes récentes du marché me semblent avoir été satisfaites ces dernières années. Sur le marché du private equity, qui est moins sujet à cette saisonnalité, le nombre de missions reste élevé. A côté de cela, il y a toujours des activités plus cycliques comme l’immobilier ou le M&A.
Les salaires des directeurs juridiques s’envolent
Avec une rémunération moyenne de 129 321 euros, les directeurs juridiques ont vu leur salaire progresser de 17 % entre 2015 et 2019. Une belle augmentation qui, comme le souligne l’étude menée par Squaremetric pour l’AFJE et le Cercle Montesquieu, reflète la place «de plus en plus stratégique de la fonction juridique». Toutefois, tous les professionnels du droit en entreprise ne bénéficient pas de cette envolée. Le salaire moyen d’un juriste est resté quasiment stable au cours des quatre dernières années (+1 %), s’établissant à 50 731 euros, tandis que les responsables juridiques ont connu une hausse de leur salaire moyen de 4 % (70 377 euros en 2019). A noter que quel que soit le profil, les salariés exerçant dans de très grandes entreprises (plus de 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires) sont mieux rémunérés que leurs homologues des plus petites structures. Et bien que largement majoritaires dans la profession (68 % des juristes d’entreprise), les femmes demeurent moins bien payées que les hommes avec un écart allant de 10 à 14 % selon le niveau de fonction. Mais au-delà des chiffres sur leur bulletin de paie, les juristes d’entreprise semblent plutôt heureux dans leur fonction, appréciant l’autonomie qui leur est laissée. Les parcours sont aussi relativement stables, 77 % des personnes interrogées ayant plus de trois ans d’ancienneté dans l’entreprise. Enfin, l’étude témoigne de passerelles plus importantes entre la profession d’avocat et celle de juriste d’entreprise. En 2019, 24 % des juristes d’entreprise sont ainsi titulaire du CAPA, contre 19 % en 2015 ; un chiffre qui s’élève même à 31 % pour les seuls directeurs juridiques.