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Directeur juridique à mi-carrière : de l’expert au business partner

Publié le 29 mai 2019 à 16h29

Marie-Stéphanie Servos

La mi-carrière est un moment crucial pour les directeurs juridiques. Mais que se passe-t-il ensuite ? Quelles évolutions sont possibles, et pour quel avenir ? Des questions que se sont posées l’AFJE, le Cercle Montesquieu et Oasys Consultants dans le cadre de leur étude 2019 «Directeur juridique à mi-carrière».

En moyenne, 66 % des sondés ont atteint le poste de directeur juridique entre 35 et 45 ans. Passé ce stade, qui marque une étape importante de leur carrière, qu’espèrent ces professionnels du droit ? L’étude, qui croise leurs attentes et celles de leurs recruteurs (DG, secrétaires généraux, DAF, DRH, DJ Groupe, cabinets de recrutement et de chasseurs de têtes) rapporte que près de la moitié des répondants (47 %) n’envisage pas de changer de métier. En revanche, 40 % d’entre eux espèrent évoluer vers un poste de secrétaire général ou de directeur juridique au périmètre élargi (34 %). Ces praticiens du droit en entreprise se projettent donc mal dans d’autres fonctions : le métier d’avocat n’attire que 11 % d’entre eux. Un chiffre qui peut peut-être s'expliquer par les difficultés à générer rapidement un chiffre d’affaires suffisamment important pour intégrer un cabinet ou pour en vivre. Quant aux fonctions financière, commerciale ou marketing, elles n’intéressent que 6 % des répondants. En outre, ils sont très peu nombreux (3 %) à vouloir évoluer vers un poste de directeur général, et seuls 5 % envisagent de créer ou de reprendre une entreprise.

S’ils sont globalement bien dans leur poste, les directeurs juridiques aspirent néanmoins à faire évoluer leur fonction vers plus de challenge (34 %) et de nouveauté (27 %). Ils sont en outre 55 % à souhaiter davantage de reconnaissance salariale. Leur positionnement au sein de l’entreprise constitue également un point important. Ainsi, 41 % des répondants aspirent à une présence dans les instances dirigeantes et/ou un rattachement à la direction générale. Car si aujourd’hui la majorité (55 %) des sondés indique faire partie du Codir ou du Comex, ce n’est pas encore systématique. Une situation qui a néanmoins vocation à évoluer : 65 % des recruteurs affirmant que les recrutements futurs iront de pair avec une présence dans les instances dirigeantes.

Des aspirations qui s’inscrivent dans l’évolution de leur fonction vers un rôle de business partner de l’entreprise. «Le directeur juridique et l’ensemble de ses équipes doivent se percevoir comme un véritable business partner et agir en fonction, affirme Sarah Leroy, vice-présidente de l’AFJE et directrice juridique, fiscal et compliance de Tereos. Il faut bouger, changer, et ne pas rester dans son bureau mais se rendre sur le terrain pour être visible auprès des opérationnels.»

De l’expert au business partner

Pour accompagner leur évolution, les directeurs juridiques retiennent en premier lieu un besoin de formation à la finance (45 %), le coaching (40 %) et la gestion de projet (31 %). Le management n’arrive qu’en quatrième position (25 %), alors que les recruteurs le citent comme la deuxième formation la plus importante, juste après le coaching (59 %), qui apparaît comme une priorité pour développer les soft skills (relationnel et communication, leadership, etc.) et avant la formation à la finance (45 %). «Les directeurs juridiques se considèrent comme de meilleurs managers que ne les perçoivent leurs recruteurs» estime Claude Mulsant, directrice de la practice juridique d'Oasys Consultants.

Quant au digital, «il n’est pas un critère de recrutement essentiel mais il est regardé, et commence à s’imposer peu à peu» précise Claude Mulsant. Ainsi, 5 % des recruteurs indiquent regarder l’expérience du directeur juridique dans le cadre d’une transformation technologique ou digitale.

Parmi les critères principaux de recrutement, le relationnel et la capacité à communiquer sont mentionnés en priorité par 73 % des recruteurs. S’ensuivent la capacité à être un partenaire stratégique du Codir/Comex (72 % des sondés) et enfin l’expertise technique (62 %). Les compétences d’anticipation (58 % des recruteurs), la capacité à décider en contexte incertain (65 %) le leadership (66 %) et l’éthique personnelle (76 %) sont aussi des critères très recherchés. «Certains professionnels n’osent pas demander de tels accompagnements de peur que cela soit perçu comme un aveu de faiblesse, indique Claude Mulsant. Il n’en est rien». Pour passer de l’expert au business partner, le directeur juridique doit donc savoir communiquer, convaincre et démontrer ses compétences managériales.


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