Si les ETI contribuent à la création d’emplois et au PIB, leur nombre peine à progresser. Une des raisons serait d’ordre financier. Selon une étude de l’observatoire BPCE, passer le cap des 250 salariés fragilise l’entreprise à court terme.
Les ETI sont depuis longtemps source d’une attention toute particulière des politiques, qui rêvent de les voir se multiplier. Moins nombreuses que leurs homologues allemandes, elles contribuent toutefois fortement à l’emploi et à la richesse du pays. La France comptabilise ainsi 4 600 sociétés de 250 à 5 000 salariés. Bien que ces dernières ne représentent que 0,2 % de la population totale des entreprises, elles contribuent à hauteur de 27 % du PIB, un chiffre qui monte à 40 % en incluant les relations fournisseurs. Elles sont par ailleurs à l’origine de la création de 80 000 emplois nets entre 2009 et 2013, tandis que les grands groupes ont détruit, sur la même période, 60 000 postes. Rien d’étonnant dans ce contexte à ce que Bpifrance leur dédie un programme d’accompagnement spécifique. La banque publique a ainsi sélectionné 23 entreprises, pour la plupart familiales, pour participer à son accélérateur ETI. Au programme : des modules de formation dispensés par HEC, la mise en place d’un advisory board informel pour appuyer la définition d’une stratégie de long terme et un coaching plus personnel du dirigeant par un parrain, lui-même capitaine d’industrie. L’objectif affiché est d’aider ces groupes à poursuivre leur croissance pour les faire passer de «petites» ETI de moins de 500 salariés au stade supérieur.
Une croissance coûteuse financièrement
Une stratégie de croissance, qui, bien que pertinente, ne doit pas être exclusive. Une étude de l’observatoire BPCE, publiée le 30 mai, met ainsi en garde contre les risques encourus par les sociétés lors de certains passages de seuil. Menée sur la période 2003-2014, l’analyse porte sur l’ensemble des PME (10 à 249 salariés) et ETI françaises, hors secteur agricole, financier et assurantiel. Elle a été complétée par une enquête plus approfondie auprès d’un panel de 48 000 entreprises, ainsi que par des entretiens auprès de dirigeants. Il en ressort que le passage de PME à ETI a un impact négatif sur l’Ebitda, du moins dans un premier temps. «Toute logique de croissance implique un sacrifice de rentabilité ; sacrifice d’autant plus important aux seuils des 50 et des 250 salariés, note Alain Tourdjman, directeur des études économiques du groupe BPCE. Cette baisse de performance financière est particulièrement difficile à consentir dans un contexte économique difficile et incertain.» Face à cet arbitrage entre croissance et performance financière, de nombreux chefs d’entreprise optent pour la stabilité : 62 % d’entre eux déclarent ainsi ne pas souhaiter dépasser une certaine taille. Le premier motif évoqué est une crainte pour la solidité et la viabilité de leur entreprise. La dégradation des marges, observée dans l’étude, a généré une certaine inquiétude des dirigeants qui préfèrent consolider leur position plutôt que d’investir dans une stratégie d’expansion. En conséquence, le nombre d’ETI françaises évolue peu. En onze ans, il n’a progressé que de 5,7 %, avec une augmentation plus marquée sur les petites ETI de moins de 500 salariés (+7,8 %). «Le mouvement de renouvellement du parc d’entreprises n’est pas assez fort pour entraîner une véritable hausse des ETI», souligne Alain Tourdjman.
Diversifier les aides aux entreprises
Autre point mis en avant par l’étude : les pépites d’aujourd’hui ne feront pas nécessairement les poids lourds de demain. Les jeunes entreprises en hypercroissance (entreprises de moins de cinq ans en croissance annuelle de plus de 20 % sur au moins trois ans consécutifs) n’ont pas plus de probabilité que la moyenne de devenir des ETI. En effet, les cycles d’hypercroissance sont courts, entre trois et six ans en moyenne, et donc insuffisants pour passer au stade d’entreprise intermédiaire. «La croissance passée n’est pas gage de la croissance future», résume Alain Tourdjman, qui décrit plutôt un cycle discontinu. Dans un premier temps, l’entreprise connaît une croissance naturelle nécessaire à l’atteinte d’une taille critique, puis une phase de stabilisation, et enfin seulement, certaines font le choix d’une croissance stratégique qui peut conduire à un passage de seuil.
Aussi, les auteurs de l’étude remettent en cause une politique d’aides publiques essentiellement concentrée sur les jeunes entreprises. «Une politique structurelle favorable à l’ensemble des entreprises nous paraîtrait plus efficace», conclut Alain Tourdjman. Parmi les pistes proposées, une meilleure valorisation des dépenses en capital immatériel et le développement des écosystèmes entrepreneuriaux afin de faciliter l’accès à l’innovation et à l’internationalisation pour toutes les sociétés.