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Portrait

Astorg : La direction juridique de Sophie Saden

Publié le 2 octobre 2019 à 14h43

Coralie Bach

Parcours du directeur juridique, organisation de son équipe, explications sur son fonctionnement et sur ses conseils. Découvrez le portrait d'une direction juridique.

Qui la dirige

Passionnée de langues étrangères, Sophie Saden s’imaginait bien interprète pour de grandes conférences internationales. Son bac en poche, elle envisage donc naturellement l’inscription en faculté de langues. Mais pragmatiques, ses parents lui conseillent de suivre un cursus de droit afin d’élargir le champ des possibles… La jeune femme obtient ainsi un Diplôme d’études juridiques appliquées en anglais (DEJA 1990, université Paris X) et un DESS en droit des affaires (1991). Ses études terminées, elle passe quelques entretiens au sein de grands cabinets anglo-saxons. Mais très vite, son enthousiasme retombe face au sexisme de ses interlocuteurs : «Les associés m’ont demandé si j’étais prête à m’enfermer au bureau de longues journées alors qu’à mon âge je devais certainement avoir un désir d’enfant», se souvient-elle. Echaudée, elle est alors recommandée par un camarade d’université à un chasseur de têtes pour un poste chez Deloitte et Touche Juridique & Fiscal et rejoint en 1991, la branche juridique du big four. «Il s’agissait à l’époque d’une petite structure où chacun menait une activité généraliste», explique-t-elle. Au sein de l’équipe de Marie-Laure Faller, l’actuelle CEO de Natixis AM, elle se centre peu à peu sur les fusions-acquisitions, baux commerciaux, et sujets de droit bancaire. Une première expérience enrichissante qui dure presque huit ans. Puis en 1999, l’envie de nouveaux challenges la conduit à retrouver Marie-Laure Faller chez Société Générale Asset Management. «Je dois une partie de ma carrière à des personnes bienveillantes comme Marie-Laure», souligne-t-elle. Elle s’ancre alors dans le private equity, travaillant à la fois sur la structuration des fonds fiscaux ainsi que sur la documentation juridique de leurs investissements. La grande autonomie et l’aspect très opérationnel du poste lui plaisent. Mais quelques années plus tard, une réorganisation du service change cette manière de fonctionner et génère des départs, dont celui de Marie-Laure Faller. Cette dernière la recommande toutefois auprès du président d’Astorg, Xavier Moreno, alors à la recherche d’un nouveau directeur juridique. C’est ainsi qu’à 35 ans, Sophie Saden prend la responsabilité juridique de la société de gestion. La mise dans le bain est immédiate puisqu’Astorg lève alors son deuxième véhicule. «C’était une période un peu stressante, reconnaît-elle, mais j’ai eu la chance d’être accompagnée par de très bons conseils, en particulier Nathalie Duguay, à l’époque associée chez SJ Berwin.»

Comment elle s’organise

Sophie Saden est en charge de toutes les questions juridiques liées au fonctionnement des sociétés de gestion et des fonds sous gestion, des contrats divers aux relations avec les autorités de tutelle, en passant par l’accompagnement juridique des levées de fonds. Elle est également responsable de la conformité et du contrôle interne pour Paris. «Mon travail est très varié», apprécie-t-elle. Pour l’épauler dans ses missions, elle peut compter sur une assistante juridique, une corporate and legal officer, et un responsable de la lutte antiblanchiment. Depuis 2015, et la création d’Astorg Asset Management au Luxembourg, elle partage son temps entre Paris et le Grand-Duché : «La constitution de cette nouvelle société de gestion a certainement été mon plus gros challenge, avec récemment la levée d’Astorg VII cloturé à 4,2 milliards d’euros», souligne-t-elle.

Comment elle se positionne

«La direction juridique reste une fonction support, mais elle n’en est pas moins importante, affirme Sophie Saden. Mon rôle est de garantir la sécurité juridique d’Astorg et de ses investisseurs, en veillant, par exemple, à ce qu’aucune décision d’investissements ne soit contraire aux accords signés avec les investisseurs. Il existe au sein de l’équipe une exigence de rigueur qui me correspond bien», souligne cette mère de trois enfants. Et si les directions juridiques sont encore peu nombreuses au sein des fonds, elles se développent peu à peu : «Auparavant, les enjeux juridiques se limitaient à l’obtention de l’agrément de la société de gestion ; la structuration des fonds et la réalisation des investissements, explique Sophie Saden. Mais la réglementation s’est depuis fortement complexifiée, et parallèlement, les LPs sont devenus beaucoup plus attentifs aux aspects opérationnels de la société de gestion. En période de levée, je reçois désormais de nombreuses questions sur la compliance, nos procédures de contrôle ou encore les délégations de pouvoir. Les gérants ont compris qu’ils ne pouvaient pas traiter seuls ces sujets.»

Qui la conseille

La société de gestion est accompagnée sur les sujets structuration de fonds et réglementaires par Nathalie Duguay de Willkie Farr & Gallagher, ainsi que par Simpson Thatcher & Bartlett à Londres et Arendt & Medernach au Luxembourg. Sur les sujets fiscaux, elle est épaulée par EY Société d’Avocats, avec Franck Van Hassel et Jean-David Vasseur, et CMS Francis Lefebvre Avocats avec Bruno Gibert, le cabinet intervenant également en social avec le cabinet Pierre Chicha. L’équipe londonienne de Reed Smith intervient sur l’equity bridge financing. Enfin, plusieurs cabinets interviennent sur la réalisation des deals parmi lesquels Paul Hastings, Latham & Watkins, Willkie Farr & Gallagher, ou encore Goodwin.


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