Elu à la présidence du Cercle Montesquieu lors de son assemblée générale mardi matin, Nicolas Guérin entend inscrire son mandat dans le même dynamisme que celui insufflé par ses prédécesseurs. Son objectif : consolider la vitalité de l’association et assurer le succès des actions en cours. Rencontre.
Quel est votre parcours ?
Titulaire d’un DESS de droit des affaires et fiscalité et diplômé de l’Institut de droit des affaires de l’université Paris II, j’ai débuté ma carrière de juriste en 1993 au sein de la direction juridique de Cegetel. J’ai ensuite été nommé directeur juridique de la filiale qui commercialisait les pagers Tam Tam, jusqu’à l’arrêt de cette activité en 1998. J’ai alors rejoint France Télécom, le jour de l’ouverture à la concurrence du marché des télécoms. J’ai créé en 2003 la direction juridique concurrence et réglementation du groupe, destinée à soutenir juridiquement la direction réglementation. Puis en octobre 2009, j’ai pris la tête de la direction juridique du groupe (ODA 5). J’ai décidé d’intégrer le Cercle Montesquieu en 2012 pour échanger et partager avec les autres membres sur nos expériences, nos pratiques et pour promouvoir notre fonction dans les entreprises. Membre du conseil d’administration depuis 2013, je suis devenu vice-président du Cercle en 2015.
Quels sont vos objectifs en tant que président du Cercle ?
Je souhaite inscrire mon action dans la continuité de mes prédécesseurs, notamment de Yannick Chalmé et de Denis Musson, dont l’énergie et le dévouement ont permis d’imposer le Cercle Montesquieu comme un interlocuteur de référence sur la place du droit. De nombreux défis attendent notre profession dans les prochains mois et nous souhaitons les aborder de front, main dans la main avec les autres associations de juristes dont l’AFJE. Une réflexion est par ailleurs en cours pour étendre l’emprise du Cercle au-delà des frontières hexagonales.
Quelle organisation comptez-vous mettre en place au sein du Cercle Montesquieu ?
Je compte m’appuyer sur une organisation très collégiale. Le bureau que je dirigerai sera composé de quatre autres personnes : trois vice-présidentes – Anne-Sophie Lelay (Renault), Bénédicte Wautelet (Le Figaro) et Béatrice Bihr (Teva Santé) – Martial Houlle (Direct Energie) en sera le secrétaire général. Nous serons bien sûr assistés de Maylis Bayvet, notre déléguée générale. Le conseil d’administration sera limité au nombre actuel d’administrateurs, soit au maximum 21 membres, dont certains seront en charge de portefeuilles comme la justice, les affaires publiques et le lobbying, la gouvernance externe, les affaires internationales, le secrétariat général et les finances, etc. Cette organisation par domaines de compétences permettra une meilleure performance de notre action.
L’un de ces portefeuilles concerne le lobbying. Un mot que les professions juridiques n’aiment pas utiliser habituellement…
Je ne comprends pas pourquoi. La direction que je dirige chez Orange comporte un département juridique et affaires publiques. Une partie de notre métier est de faire connaître notre avis aux pouvoirs publics pour les aider à rédiger des textes qui soient adaptés au monde de l’entreprise. Pourquoi une association de directions juridiques ne pourrait pas faire la même chose ? Nous devons faire du lobbying pour le produit que nous utilisons tous les jours : le droit. Demander son point de vue au principal utilisateur devrait être une priorité pour les pouvoirs publics lorsqu’un de ses projets de texte concerne nos entreprises. Nous concentrerons néanmoins nos efforts sur des sujets prioritaires et dans un esprit aussi consensuel que possible : le droit du numérique, le droit du travail, la lutte contre la corruption, mais également bien sûr la protection de la confidentialité des avis des juristes d’entreprise.
Sur ce dernier sujet, comment appréciez-vous les dernières propositions faites au sein du CNB visant à implanter un cabinet d’avocats indépendant au sein de l’entreprise ?
Cette proposition n’a aucun sens, aucune légitimité ! Elle va à l’encontre de ce que le CNB refuse depuis des années et ne répond ni aux besoins des avocats ni à celui des juristes et de leurs entreprises. La profession des avocats doit prendre conscience de l’évolution du traitement du droit par les entreprises et adapter sa position en conséquence. Mon équipe M&A examine 80 dossiers d’acquisitions ou de cessions par an. Pensez-vous que beaucoup de cabinets en voient autant ? La consultation juridique n’est en pratique plus un monopole des avocats. Au lieu de cultiver nos différences appelées inexorablement à disparaitre, travaillons plutôt ensemble à raffermir ce qui nous rassemble pour défendre la compétitivité de nos entreprises et l’avenir de notre place de droit.