Avocats et directeurs juridiques présentent leurs vœux pour cette nouvelle année et partagent leur vision sur l’évolution de leur profession.
Olivier de Vilmorin, associé, Sullivan & Cromwell
Après une année 2020 difficile pour de nombreux acteurs du marché, je souhaite que 2021 se distingue par une reprise économique s’inscrivant dans une démarche durable de meilleure prise en compte de l’ensemble des intérêts et enjeux environnementaux et sociétaux. J’espère que l’année 2021 sera également l’occasion pour la place financière de Paris de s’affirmer davantage et de renforcer son attractivité face aux autres places européennes, dans un contexte de Brexit. Enfin, l’élection de Joe Biden comme président des Etats-Unis devrait permettre un meilleur dialogue entre nos deux Etats et un renforcement des échanges économiques avec l’Europe, notamment au travers de rapprochements entre des groupes européens et américains.
Une bonne résolution ?
Capacité d’adaptation et polyvalence ont été essentielles dans le contexte de cette crise. Il est donc important de continuer à former les jeunes avocats dans cet esprit et de ne pas céder à une trop forte spécialisation. A titre personnel, je devrai me réhabituer à porter un costume.
Philippe Netto, senior partner, Fieldfisher
Je souhaite que nous soyons tous capables de faire preuve de résilience face à la crise qui nous impacte tous. Je souhaite aussi que nous puissions, avec nos équipes, accompagner au mieux nos clients, qui traversent pour certains une période difficile. Mais mon plus grand souhait pour cette nouvelle année est que nous soyons avant tout capables d’insuffler une énergie positive autour de nous !
Une bonne résolution ?
2021 doit être une année de rebond humain et économique ! L’année 2020 nous aura enseigné beaucoup de choses sur nous-mêmes et notre environnement professionnel : une nouvelle façon de travailler, d’exister professionnellement, une capacité à s’adapter rapidement à de nouvelles contraintes, à utiliser de nouveaux outils, à répondre à de nouveaux besoins. Que 2021 nous permette ainsi de concilier le meilleur des «deux mondes», et surtout de retrouver le plus possible de «l’humain», et la possibilité de travailler en équipe, à visage découvert, et sans stress !
Christoph Geiger, directeur juridique Siemens Energy France, Benelux et Afrique francophone
Une conséquence positive du bouleversement du monde des juristes par la Covid-19 est que nous sommes devenus plus orientés vers les résultats. Le fait d’avoir des locaux professionnels de représentation perd de son importance. Ce qui compte est de savoir si le juriste ou l’avocat est disponible et si ses conseils sont utiles et pragmatiques. Peu importe d’où il les donne. Un de mes souhaits pour notre profession en France serait que l’on arrête de penser en silos : celui des juristes d’entreprise, celui des avocats, celui des juges… N’avons-nous pas tous en commun une chose : notre travail juridique et, souvent, notre passion pour le droit. Le conflit actuel entre les syndicats de magistrats et le garde des Sceaux, ancien avocat de renom, ne va pas dans le bon sens. Je ne suis donc pas très optimiste quant à une réduction de ce « silotisme » des professions juridiques dans les années à venir, mais je l’espère quand même. J’espère aussi que nous pourrons donner une chance aux jeunes qui arrivent sur le marché du travail en 2021. Entre les entreprises qui hésitent à recruter, les entretiens d’embauche masqués ou en visioconférence, les choses risquent d’être difficiles.
Une bonne résolution ?
De pousser encore plus vers une résolution amiable de nos litiges. Une procédure judiciaire ou arbitrale n’est que rarement créatrice de valeur pour l’entreprise et peut laisser des séquelles profondes sur les relations d’affaires. Un mauvais accord vaut parfois mieux qu’un procès gagné.
Christophe Basse, président, mandataire judiciaire, CNAJMJ
A l’aube de cette nouvelle année, je veux tout d’abord nous souhaiter à tous de retrouver l’envie, la joie et l’insouciance qui nous ont tant fait défaut en 2020. Au-delà, je souhaite que notre profession, composée de 450 administrateurs judiciaires et mandataires judiciaires, et de plus de 4 500 collaborateurs, puisse démontrer une fois encore son formidable engagement et sa grande efficacité au service des entreprises en difficulté qui seront, sans aucun doute, plus nombreuses en 2021. Je souhaite que la poursuite de l’activité, la préservation des emplois et du tissu économique, et le rebond des entrepreneurs soient au cœur de nos préoccupations en 2021. Enfin, je souhaite que nos autorités prennent toutes les mesures qui s’imposent pour simplifier notre droit, l’adapter au standard et contexte européen et moderniser nos pratiques : aussi, je formule le vœu que nous nous engagions tous ensemble avec enthousiasme et ambition dans la digitalisation des professions du droit et notamment des procédures collectives.
Alexandra Bigot, associée, Latham & Watkins
J’aurais aimé dire un peu de repos, car les professionnels du restructuring en ont bien besoin, mais je crains que ces vœux ne doivent être repoussés à 2022, au mieux. Le coronavirus a mis en lumière l’efficacité de l’arsenal français de traitement des difficultés d’entreprise et la capacité des acteurs à redoubler d’efforts pour faire face à une vague de difficultés sans précédent par son intensité. Du législateur aux associations en passant par les tribunaux de commerce, le CIRI (Comité interministériel de restructuration industrielle), les CRP (commissaires au redressement productif), tous ont su répondre présents et faire preuve d’une réactivité, d’une créativité et d’une solidarité sans faille. Je souhaite que tous ces efforts au service du tissu économique français puissent continuer et qu’ils soient couplés à une transposition efficace et opportune de la directive restructuration préventive et insolvabilité qui sera l’un des grands sujets de l’année en restructuring et devrait faciliter le traitement des restructurations financières.
Une bonne résolution ?
Pousser plus loin les défis, trouver des solutions ensemble. «Il est grand temps de rallumer les étoiles.» (Guillaume Apollinaire)
Caroline Silberztein, associée, Baker McKenzie
2020 a été une année hors norme, difficile évidemment. Mais, comme toute crise, elle nous a poussés à faire œuvre de résilience et d’agilité : il a fallu apprendre très vite à travailler autrement, tout en maintenant le lien au sein de nos équipes et la proximité avec nos clients, qui fait à la fois le sel de la profession et la pertinence d’un bon conseil. Cela a demandé créativité, ténacité, et une dose de bonne humeur. Souhaitons que 2021 soit une année de transition qui permette à nos clients de renouer avec la croissance. Plus que jamais nous sommes engagés à leurs côtés dans l’élaboration des solutions requises par le nouvel environnement. Les entreprises et les avocats ont accéléré la transformation numérique, et il faudra poursuivre sur la voie de l’innovation. Il ne s’agit pas d’une simple modalité de télétravail ou de vente à distance : pour nos clients, surtout ceux qui ne sont pas dans un secteur technologique, c’est souvent un catalyseur de refondation des modèles d’affaires et des chaînes de valeur.
Une bonne résolution ?
2020 a mis en lumière l’importance de la solidarité pour un tissu économique et social fort. C’est une valeur qui nous est chère au sein de Baker McKenzie et que nous espérons voir se renforcer dans le monde en 2021.
Louis Larret-Chahine, cofondateur de Predictice
La France vient de traverser une année 2020 éprouvante, je souhaite donc d’abord que 2021 soit une année tout aussi stimulante mais plus sereine et plus heureuse pour l’ensemble de nos concitoyens. Pour Predictice plus spécifiquement, je souhaite que notre fort développement se poursuive. Près de 2 000 avocats, directions juridiques et assureurs nous font confiance pour trouver la bonne information, prendre des meilleures décisions ou stocker leurs données. J’espère que 1 000 autres feront le choix de nous rejoindre en 2021. Les grandes tendances du marché, notamment l’open data des décisions de justice et le besoin d’outils nomades et sécurisés, sont de notre côté. Je ne m’inquiète donc pas trop.
Une bonne résolution ?
Nous venons d’annoncer notre internationalisation au Luxembourg. Lancer une entreprise dans un autre pays est un défi que nous n’avons pas encore relevé. Ma bonne résolution est de mobiliser intelligemment notre énergie pour réussir cette première étape vers une aventure européenne.