Au terme de la procédure de redressement judiciaire de la messagerie de presse Presstalis, initialement détenue à 27 % par la Coopérative de distribution des quotidiens (CDQ) et à 73 % par la Coopérative de distribution des magazines (CDM), le tribunal de commerce de Paris a validé le 1er juillet l’offre de reprise des principaux actifs de la messagerie déposée par la CDQ avec le soutien de plusieurs groupes de magazines.
En proie à de graves difficultés économiques et financières depuis des années, la société était parvenue à trouver un accord avec ses principaux créanciers et actionnaires dans le cadre d’une procédure de conciliation en 2018. Mais le 15 mai dernier, le tribunal de commerce de Paris l’a placée en redressement judiciaire. La nouvelle société de distribution France Messagerie, dont le capital est détenu par la coopérative des quotidiens, a obtenu l’agrément provisoire de l’Arcep, autorité de régulation de la filière, et bénéficiera d’une aide de l’Etat de 80 millions d’euros en prêts et subventions. France Messagerie sera dirigée par Cédric Dugardin, précédemment à la tête de Presstalis, et des représentants de la presse quotidienne et de la presse magazine siégeront à son conseil d’administration. L’entreprise emploie 250 collaborateurs sur deux sites franciliens, l’un à Bobigny dédié aux quotidiens, à l’import-export et à la distribution parisienne, et le centre logistique de Bonneuil dédié aux publications. Elle approvisionnera le réseau de dépositaires indépendants chargés de la distribution auprès des 22 000 points de vente de presse en France. Racine a conseillé Presstalis avec Laurent Jourdan, associé, Lisa Ducani et Edern Lagadec en restructuring ; Frédéric Broud, associé, et Laurianne Cunha en social ; Sandra Graslin-Latour, associée, et Marion Mas en contentieux ; Barna Evva, associé, en financement. Les études FHB avec Hélène Bourbouloux et Marie Fur ainsi que Thévenot Partners avec Aurélia Perdereau ont été désignées administrateurs judiciaires. L’étude MJA avec Valérie Leloup-Thomas, Florian Lacour, Julie Mirouze et Stéphanie Muller ainsi que l’étude Montravers-Yang Ting avec Marie-Hélène Montravers ont été désignées mandataires judiciaires. Altana a représenté la CDQ avec Michel Jockey, associé, et Margaux Chaumien en contentieux ; Pierre Lubet, associé, et Laura Beserman en social ; Jean-Guy de Ruffray, associé, Camille Raclet et Elsa Chétrit en IP & IT ; Bruno Nogueiro, associé, et Eléonore Vucher-Bondet en corporate. Brown Rudnick a accompagné la CDM avec Pierre-Alain Bouhenic, associé, Thibault Lefort et Nicolas Crocq en restructuring. Weil Gotshal & Manges a conseillé l’Etat avec Anne-Sophie Noury, associée, et Julien Faure en restructuring.
Le conseil de Presstalis : Laurent Jourdan, associé, chez Racine
Presstalis est un dossier hors normes à plus d’un titre. Que pouvez-vous nous en dire ?
Le plan de cession de Presstalis défendu par les quotidiens constituait la seule offre de reprise. Sans cela, il aurait été difficile de sauver une grande partie de la distribution de la presse en France, déjà plombée par des difficultés structurelles (chute des ventes papier) aggravées par le confinement. Mais l’aide de l’Etat, via le CIRI, a permis à Presstalis de continuer à distribuer la presse même pendant le confinement. France Messagerie va également recevoir 80 millions d’euros en prêts et subventions. La nouvelle messagerie a pu démarrer au 1er juillet grâce aussi à la réactivité de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep), qui lui a accordé son agrément. Par ailleurs, nous avons eu la possibilité d’assurer des audiences grâce à la mobilisation du tribunal de commerce de Paris en pleine pandémie. Le tribunal a accepté à titre dérogatoire que l’actionnaire minoritaire reprenne la société.
France Messagerie démarre-t-elle sous les meilleurs auspices ?
Bien que le marché de la presse soit tendu, l’allégement drastique de la structure de coûts liée notamment à la liquidation judiciaire des filiales régionales (SAD et Soprocom) devrait donner un peu d’air à France Messagerie. Reste que la loi Bichet de 1947, qui accorde, par exemple, à chaque titre le droit automatique d’être proposé à la vente sur tous les points de vente existants, a institué un modèle économique obsolète et peu flexible, en dépit d’une réforme partielle du texte de loi en 2018. Le nouveau texte prévoit qu’au 1er janvier 2023, des sociétés autres que France Messagerie et les Messageries Lyonnaises de Presse (MLP) pourront solliciter un agrément pour distribuer la presse, ce qui risque de les fragiliser. L’idée de fusionner un jour les deux messageries n’est pas morte. En fin d’année, sous l’égide de l’Arcep, les barèmes des deux messageries doivent d’ailleurs être revus pour les rapprocher.
Des points techniques à souligner ?
La liquidation judiciaire des filiales régionales a nécessité la création d’une régie intermédiaire pendant la période de transition, car le système ne peut pas fonctionner sans dépositaires. Un sujet important a porté sur la sécurisation de créances des éditeurs. La possibilité de la mise en place d’une fiducie a été évoquée. Elle a été reportée car elle n’est pas en phase avec les modalités de paiement actuelles des éditeurs. Pour le moment, un compte dédié avec un nantissement en faveur des éditeurs a été choisi.