Un rapport, publié par Activist Insight et Skadden, montre une activité soutenue des activistes en Europe. Si le Royaume-Uni concentre la majorité des campagnes, la France est également touchée, faisant face, notamment, à une montée des fonds américains.
Safran, Solocal, ou encore Danone, les entreprises françaises n’ont pas été épargnées par les fonds activistes cette année. Avec sept sociétés publiquement ciblées par des activistes au 30 septembre 2017, la France devrait, d’ici la fin de l’année, égaler, voire dépasser, le nombre de campagnes recensées en 2016 (9). Une tendance qui s’inscrit dans un contexte de montée progressive des activistes sur le Vieux Continent. Selon la dernière édition du rapport Activist Investing in Europe, publié par Activist Insight en collaboration avec Skadden, Arps, Slate, Meagher & Flom, 106 sociétés européennes ont fait l’objet de demandes publiques d’investisseurs activistes entre le 1er janvier et le 30 septembre 2017. Un chiffre légèrement inférieur à celui enregistré à la même période l’année dernière, mais égal à la totalité des interventions comptabilisées sur l’ensemble de l’année 2015. Dans le détail, le Royaume-Uni demeure le terrain de jeu favori des activistes en Europe, le Brexit n’ayant visiblement pas freiné les investisseurs. L’activité sur le marché britannique se maintient en effet à un niveau élevé, avec 32 sociétés ciblées, suivie de l’Allemagne, qui, avec 15 sociétés ciblées, connaît une hausse de l’activisme.
Le développement des fonds américains
L’intervention des activistes reste très liée aux opérations de fusion-acquisition. Plusieurs campagnes ont ainsi démarré à la suite de l’annonce d’une transaction. Safran a par exemple été contraint de revoir les conditions de son rapprochement avec Zodiac Aerospace tandis que le chimiste suisse Clariant a renoncé à son mariage avec l’américain Huntsman sous la pression de White Tale. Stada, un fabricant allemand de médicaments génériques, a quant à lui fait l’objet d’une campagne activiste lors du lancement de son process de cession, in fine remporté par le duo de capital-investisseurs Bain et Cinven.
Toutefois, les campagnes ne se limitent pas aux seules opérations M&A. D’autres formes d’activisme, plus opérationnelles, continuent de se développer. L’américain Third Point a ainsi fait son entrée au capital de Nestlé, cet été, poussant le géant de l’agroalimentaire à revoir à la hausse ses objectifs de rentabilité. Une situation proche de celle de Danone, qui compte depuis quelques mois parmi ses actionnaires Corvex Management, un autre fonds activiste américain. Car c’est là une autre évolution mise en avant par l’étude : un nombre croissant de demandes activistes provient d’acteurs non européens. Sur les neuf premiers mois de l’année, 27 % des campagnes émanent ainsi d’activistes étrangers, essentiellement des fonds américains.
Face à cette pression de plus en plus visible des activistes, les entreprises doivent s’adapter. «L’activité récente démontre clairement qu’aucune société européenne n’est à l’abri de l’activisme actionnarial, y compris celles de taille importante, souligne Armand Grumberg, Head of European M&A de Skadden. Avec des activistes qui actuellement exercent une pression sur des entreprises européennes à des niveaux quasi records, il est primordial que les conseils d’administration et les équipes dirigeantes soient pleinement préparés à répondre à une attaque activiste, se montrent prêts à écouter les inquiétudes de leurs actionnaires et à traiter les faiblesses de leur gouvernance et de leur fonctionnement opérationnel, sécurisent leurs transactions et tiennent leurs engagements.» Managers et membres des conseils d’administration doivent se tenir prêts : anticiper les éventuelles demandes et être particulièrement vigilants sur le respect des règles de gouvernance ainsi que sur les modes de rémunération des dirigeants ; sujets particulièrement sensibles pour les activistes.