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Le deal de la semaine

L’usine de Saint-Saulve d’Ascoval passe dans le giron de British Steel

Publié le 9 mai 2019 à 14h53

Chloé Enkaoua

Le 2 mai dernier, le TGI de Strasbourg a donné le feu vert à la reprise de l’usine de Saint-Saulve de l’aciérie électrique Ascoval, en redressement judiciaire depuis début 2018, par le sidérurgiste britannique British Steel.

Le numéro deux britannique de l’acier s’est ainsi engagé à reprendre les 270 salariés de l’usine située près de Valenciennes avec l’ensemble de leurs droits acquis. Suite à la cession, qui sera effective au 15 mai 2019, Ascoval deviendra British Steel Saint-Saulve. Cédric Orban, CEO d’Ascoval, conservera la direction de l’aciérie. Dans le détail des apports, British Steel investit 47,5 millions d’euros à parité en dette et en fonds propres ; l’Etat apporte de son côté 25 millions d’euros, la région des Hauts-de-France 12 millions d’euros, et la métropole de Valencienne contribue pour sa part à hauteur de 10 millions d’euros. Ce plan d’investissement devrait permettre à l’aciérie d’Ascoval d’atteindre sa capacité maximale de 600 000 tonnes produites annuellement d’ici 2021, contre une production de 208 000 tonnes en 2018. Ascoval pourra en outre bénéficier des bureaux de vente internationaux et des fonctions R&D de British Steel, ouvrant à l’aciérie de Saint-Saulve la possibilité de développer et de diversifier sa gamme de produits et d’offrir des aciers spéciaux de haute qualité à de nouveaux marchés. De son côté, British Steel peut ainsi ouvrir une filière complémentaire à celle des hauts fourneaux, en vue de développer une production à partir d’acier recyclé destiné aux produits longs (rails ferroviaires, fil machine). Créée en 1975 par le groupe parapétrolier Vallourec, l’usine de Saint-Saulve de l’aciérie Ascoval, spécialisée dans les aciers spéciaux et recyclés, est devenue un outil de production industrielle pour de nombreux investissements de rénovation réalisés ces dernières années. D’une superficie de 245 000 m², le site a bénéficié de 150 millions d’euros d’investissement en dix ans. Darrois Villey Maillot Brochier a conseillé British Steel avec Martin Lebeuf, associé, en financement, Pierre Casanova, associé, et Alix de Montchenu en M&A, Mathieu Della Vittoria en restructuring, et Igor Simic, associé, et Marie Vigneron en concurrence. Bremond & Associés a accompagné Ascoval avec Guilhem Bremond, Delphine Caramalli et Virginie Verfaillie Tanguy, associés, Morgane Valla et Lisa Olhagaray en restructuring, et Camille Moïse en droit social. Laude Esquier Champey a assisté Vallourec avec Olivier Laude, associé. L’étude AJRS est intervenue en qualité d’administrateur judiciaire d’Ascoval.

Le conseil d’Ascoval : Guilhem Bremond, associé chez Bremond & Associés

Dans quel contexte s’est déroulée la reprise de l’usine de Saint-Saulve ?

La situation était assez paradoxale car cela faisait près d’un an et demi qu’Ascoval était en redressement judiciaire, et malgré les intérêts manifestés par plusieurs repreneurs dans ce laps de temps, ces derniers n’ont pas été en mesure soit de faire une offre valable dans les délais requis, soit d’exécuter le plan de cession. Cela a été le cas en décembre dernier avec l’entreprise franco-belge Altifort, qui a fini par démontrer une fragilité financière et a amené à reprendre la recherche de repreneurs dans le cadre de la procédure de redressement judiciaire. On aurait pu craindre alors de ne plus avoir de candidat intéressé, mais en réalité plusieurs groupes sidérurgiques sérieux ont montré leur intérêt, à l’instar de l’Italien Calvi Network et de British Steel.

Qu’est ce qui a permis à British Steel de faire la différence ?

La qualité de son projet de développement industriel, ses synergies commerciales et sa solidité financière, l’activité d’Ascoval nécessitant des investissements et des besoins en fonds de roulement conséquents. Par ailleurs, l’offre de British Steel permet le maintien des 270 employés d’Ascoval, ce qui est un grand soulagement car, outre la qualité incontestable des salariés actuels, le plan de redéveloppement de la société passe par une croissance des volumes produits par l’aciérie.

Quelles ont été les principales particularités et complexités de l’opération ?

La résolution du plan de cession d’Ascoval par Altifort a été suivie de la mise en place d’un nouveau plan de cession en moins de deux mois, ce qui est inédit. Nous avons également organisé une fiducie dès le début du redressement judiciaire en 2018 afin de garantir la situation des salariés. Ces derniers ont en effet accepté de se battre, et ont donc fait des sacrifices pour permettre une reprise en renonçant à des acquis sociaux. Ils ont ainsi été assurés, par le biais de la fiducie, de ne pas être perdants en cas d’échec de la reprise et donc de liquidation judiciaire. De manière générale, la difficulté majeure a été de tenir une entreprise en exploitation avec les enjeux sociaux que cela implique, dans un contexte de grande incertitude et tout en maintenant l’intérêt des repreneurs.


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