Le 28 mai, le tribunal de commerce de Nanterre a arrêté le plan de redressement de la société Novares Group, holding de l’équipementier automobile Novares, par voie de continuation.
La crise du Covid-19 avait contraint l’industriel, à fermer 40 de ses 45 usines, provoquant une chute drastique de son chiffre d’affaires (1 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2019) et un important besoin de liquidités conduisant à l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire le 29 avril. Dans le cadre du plan de redressement, suivi de près par le Comité Interministériel de Restructuration Industrielle (CIRI), la dette financière de Novares Group est maintenue à 70 millions d’euros et le solde incorporé au capital (260 millions d’euros). Un prêt garanti par l’Etat (71 millions d’euros) est mis à la disposition du groupe. De plus, ses principaux actionnaires, Equistone et le Fonds Avenir Automobile (FAA), fourniront 60 millions d’euros, dont 30 millions l’ont été pendant la période d’observation. Weil, Gotshal & Manges a conseillé le groupe Novares avec Anne-Sophie Noury, associée, et Adrien Coulaud en restructuring ; Jean Beauchataud, associé, et Lise Laplaud en corporate ; Cassandre Porgès, counsel, Ilana Smadja et Timothée Buchet en financement ; Romain Ferla, associé, Flora Pitti-Ferrandi, counsel, et Anne-Laïla Abback sur les aides d’Etat. L’étude FHB est intervenue en qualité d’administrateur judiciaire avec Hélène Bourbouloux et Théophile Fornacciari. Les créanciers bancaires ont été épaulés par AyacheSalama avec Olivier Tordjman, associé, et Julie Bailly en corporate ; Alain Levy, associé, et Ina Vignon en financement ; Frédéric Fuchs, associé, sur les aides d’Etat ; ainsi que par le cabinet Valoren Avocats avec Virginie Verfaillie-Tanguy, associée, et Camille Moïse en restructuring.
Le conseil du groupe Novares : Anne-Sophie Noury, associée, chez Weil, Gotshal & Manges
Le dossier Novares présentait toutes les caractéristiques d’une urgence ? Comment tout s’est enchaîné ?
Trois semaines après l’éclatement du Covid-19, 40 des 45 usines du groupe étaient fermées. La principale source de financement de l’activité du groupe provenant de la mobilisation du chiffre d’affaires par affacturage, les liquidités allaient vite manquer. Les besoins en trésorerie s’élevaient à 30 millions d’euros à fin avril et 100 millions d’euros à fin mai. Il a fallu négocier un accord avec les banques. Le PGE ne couvrant que l’équivalent de 25 % du chiffre d’affaires réalisé en France en 2019 (70 millions d’euros), il manquait 60 millions d'euros qui ont été demandés aux deux principaux actionnaires : Equistone, détenteur d’environ 72 % du capital et Bpifrance qui en a environ 15 % via le FAA, le solde étant aux mains de la famille du fondateur du groupe et du management. Mais, fin avril, aucun accord avec les banques et les principaux actionnaires n’avait été trouvé. Le problème du financement du besoin de liquidités du groupe restait donc entier. Les banques n’étaient pas totalement sûres que le groupe satisfasse aux critères d’éligibilité du PGE car, pour être inattaquable, un PGE doit remplir des critères français et communautaires. Par conséquent, nous avons dû obtenir une décision individuelle de Bruxelles pour éviter toute remise en cause ultérieure de l’éligibilité au PGE et donc de la garantie du prêt par l’Etat. Quant aux actionnaires, ils s’interrogeaient sur la pérennité de l’entreprise avec un Ebitda en baisse après trois mois sans chiffre d’affaires et un endettement important.
Nous avons alors sollicité la mise en redressement judiciaire de la holding du groupe avec l’administrateur (FHB), afin que les 30 millions que nous allions demander aux actionnaires pour couvrir les besoins en trésorerie à fin avril soient sécurisés dans le cadre de la procédure collective. En parallèle, un appel d’offres dans le cadre d’un plan de cession a été lancé afin d’avoir une alternative en vue de l’audience au tribunal de commerce dans l’hypothèse où la voie du plan de redressement n’aboutirait pas. La contrainte forte était de trouver une solution permettant de sécuriser le financement du besoin de trésorerie de 100 millions d’euros à fin mai. Sans solution, le dépôt de bilan menaçait toutes les entités du groupe. Un projet de plan de redressement a été soumis aux banques le 7 mai. Elles l’ont accepté le 22 mai à plus 80 %, ce vote favorable étant conditionné à ce que les doutes planant encore sur l’éligibilité du groupe au PGE soient dissipés par Bruxelles.
Quelles ont été les principales difficultés rencontrées ?
Un des principaux challenges de cette opération a été d’obtenir des liquidités très vite. Le volet européen a aussi été délicat à gérer. Le 26 mai, la veille de l’audience au tribunal de commerce de Nanterre, Bruxelles a rendu une décision individuelle favorable permettant la satisfaction de la condition suspensive émise par les banques sur le PGE. Quant aux actionnaires, ils ont accepté de réinvestir 60 millions d’euros, dont 30 millions avaient été réinjectés pendant la période d’observation et garantis par des sûretés sur les titres de certaines filiales de la société.