Lancé en 2017 à Londres, Fuse, l’incubateur d’Allen & Overy, est présent cette semaine à Paris dans le cadre de la Legaltech Week organisée par le cabinet. Shruti Ajitsaria, counsel, à la tête de l'incubateur, revient sur sa genèse et ses objectifs.
Fuse n’est pas un incubateur traditionnel… Comment le définiriez-vous ?
C’est d’abord un lieu physique, avec des locaux situés au sein même du bureau londonien d’Allen & Overy. Fuse est un espace collaboratif ouvert, où peuvent se rencontrer au quotidien avocats, legaltechs et clients du cabinet. Les entreprises qui intègrent Fuse ont des profils très différents, certaines ont six mois d’existence quand d’autres ont plus de vingt ans. Elles sont sélectionnées selon les besoins de nos avocats et de nos clients. Mais à la différence d’un incubateur traditionnel, il n’y a pas de programme d’accompagnement figé, ni de période d’incubation. Bien sûr, nous les aidons à améliorer leurs projets, et à se développer, mais uniquement dans le but d’adapter au mieux leur offre à notre demande. Nous n’intervenons pas, par exemple, dans leur recherche d’autres marchés, bien qu’aucune exclusivité ne lie les entreprises à la firme. D’ailleurs, à de rares exceptions près, nous n’investissons pas dans les sociétés qui nous rejoignent afin qu’elles restent indépendantes. C’est un peu cela l’ADN de Fuse, une grande flexibilité et une grande liberté.
A quoi répond sa création ?
Au départ, l’idée était de permettre à nos avocats d’accéder facilement aux nouvelles technologies dans le but de faciliter leur travail au quotidien. Rapidement, nous nous sommes aperçu qu’il existait aussi une demande très forte du côté des clients. Ces derniers souhaitent de plus en plus voir leurs conseils utiliser les nouvelles technologies afin de gagner du temps notamment. Or, pour être crédible auprès d’eux, s’adjoindre les services d’une legaltech ne suffit pas. Il faut être capable de comprendre les nouvelles technologies, ce qu’elles peuvent faire et ce que nous pouvons faire avec elles, ainsi que les risques que leur utilisation comporte. Cela n’est possible qu’avec de l’expérience. Avoir un incubateur comme Fuse, au sein même d’un cabinet d’avocats, rend cela possible. In fine, notre objectif est de mieux appréhender ces technologies afin de se les approprier plus aisément, de les mettre en pratique et de proposer une offre précise et fiable à nos avocats et à nos clients.
Comment les entreprises sont-elles sélectionnées ?
Nous sélectionnons des entreprises issues de la legaltech, de la regtech, et de la dealtech, peu importe leur niveau de développement. Une fois les candidatures reçues, un comité de sélection composé de clients, de fonds, de sponsors et d’associés qui exercent dans les domaines concernés par les entreprises candidates retient plusieurs entreprises. En réalité, il n’y a pas de critère précis de sélection. L’essentiel est que l’offre soit pertinente et qu’elle corresponde à nos problématiques et à nos besoins internes. Par exemple, nous avons accueilli Avvoka l’an dernier, une plateforme collaborative de gestion des contrats qui facilite les négociations, un service dont nos avocats avaient grandement besoin. Nous hébergeons en moyenne huit projets, mais ce nombre varie selon les sessions et la taille des équipes sélectionnées.
Comptez-vous déployer le modèle à l’international ? Peut-on imaginer demain un lieu similaire à Paris ?
En réalité, si Fuse est situé physiquement à Londres, il a de nombreuses interactions avec nos différents bureaux dans le monde. Nous organisons par exemple régulièrement des conférences vidéos et des sessions entre nos différents bureaux et l’incubateur. Par ailleurs, nous étions le mois dernier à New York pour la Legaltech Week durant laquelle nous avons présenté Fuse et nos entreprises incubées aux avocats du bureau new-yorkais et à des clients. Cette semaine, nous sommes ici, à Paris. En France, le comité innovation du cabinet est également un relais stratégique de Fuse. Il communique notamment, au sein du bureau parisien, sur les solutions déployées par les équipes legaltech à Londres et permet également d’identifier les start-up innovantes françaises.
Fuse en chiffres
2017 : année du lancement de Fuse.
40 collaborateurs constituent l’équipe. Ils ont une formation juridique et/ou informatique.
20 legaltechs ont été incubées depuis 2017.
300 clients ont bénéficié des technologies présentées.
100 candidatures ont été reçues pour intégrer la prochaine rentrée.
8 entreprises seront sélectionnées.