Pro et anti Brexit ne cessent d’échanger leurs arguments et prédictions concernant les conséquences économiques d’une éventuelle sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Libération pour certains, cataclysme pour d’autres, l’avenir est difficilement prédictible. Mais qu’en est-il des mois passés ? L’incertitude liée à un éventuel Brexit a-t-elle déjà pesé sur les marchés financiers ?
La réponse, qui doit rester prudente, varie selon les marchés et les pays. Le premier touché est assez logiquement le premier concerné. Le Royaume-Uni a en effet tourné quelque peu au ralenti ces derniers mois. «Le début de l’année s’est montré particulièrement calme au Royaume-Uni, note Cenzi Gargaro, associé au sein de White& Case, tant en matière d’opérations de dette que d’introduction en Bourse.» Les IPO réalisées au premier trimestre Outre-Manche ont ainsi représenté 2,3 milliards d’euros, soit moitié moins que les montants observés à la même période en 2015, selon une étude de PwC. De même, selon le site Unquote, le volume de LBO enregistré au premier trimestre 2016 aurait chuté de près de 50 % comparé à la même période l’année dernière. Dans une interview donnée à la presse britannique, le managing partner du fonds anglais Electra Partners, Alex Fortescue, a ainsi fait part d’un certain attentisme du marché, plusieurs acteurs préférant attendre l’issue du vote avant de s’engager. «Le risque du Brexit a certainement eu un rôle dans ce fléchissement d’activité, poursuit l’associé, même si d’autres paramètres conjoncturels sont entrés en jeu comme la valeur du dollar ou la baisse du prix du pétrole.»
Dans ce contexte d’incertitude, la France s’est montrée plutôt résiliente : «Les transactions ont plutôt continué de bien fonctionner, souligne Philippe Herbelin, associé chez White& Case. Le marché des convertibles en particulier, dont les prix sont très attractifs, a été très dynamique.» Si aux dires des conseils les opérations d’investissement ont été peu impactées par la question du Brexit, le marché de la dette semble avoir été plus sensible.
Entre attentisme et accélération
«Le marché obligataire s’est montré calme en début d’année, commente Hubert du Vignaux, associé chez Gide. Les interrogations autour du Brexit ont pu expliquer en partie un certain attentisme au début du semestre. Toutefois, il s’agit d’un marché cyclique qui suit une saisonnalité. Les émissions ont ainsi redémarré fin février avant d’accélérer au printemps.» L’échéance du 23 juin approchant, et avec elle le risque de plus en plus présent d’une sortie du Royaume-Uni, certaines entreprises ont ainsi tenu à boucler leurs opérations de financement de peur que les robinets de liquidité ne se ferment : «Nous avons eu des demandes en ce sens», atteste Philippe Herbelin. «En cas de Brexit, les banquiers annoncent un marché difficile au moins à court terme, cela a pu jouer, reconnaît Hubert du Vignaux. Toutefois, il ne faut pas oublier que la période de mars à juin est souvent très active. Le Brexit ne peut être qu’un facteur d’appréciation parmi d’autres.»
La BCE booste le marché de la dette
En dehors du contexte politique, les corporates ont été incités à se refinancer par des conditions plus que favorables. L’occasion parfaite pour les industriels de réduire le coût de leur dette. Plusieurs opérations phares ont ainsi animé le marché ces dernières semaines. Le 19 mai, Vivendi a placé 1,5 milliard d’euros d’obligations, via deux tranches d’une durée respective de cinq et dix ans. Quelques semaines auparavant, Orange a émis un emprunt obligataire de 750 millions d’euros, tandis que Sanofi a collecté 1,8 milliard d’euros au mois de mars via de nouveaux titres de dette.
Des mouvements qui devraient se poursuivre suite au lancement, le 8 juin dernier, d’un plan de rachat obligataire par la Banque centrale européenne. Jusque-là cantonnée aux dettes souveraines de la zone euro ainsi qu’à certains titres d’établissements bancaires, la BCE a désormais la possibilité d’acheter directement, ou indirectement (via le marché secondaire) des obligations d’entreprises bien notées (jusqu’à BBB-). «L’intervention de la BCE va encore pousser les taux d’intérêt vers le bas et faciliter les opérations de crédit pour les entreprises», explique Hubert du Vignaux. «Tout est fait pour créer de la liquidité mais le manque de rendement risque de freiner les investisseurs», alerte quant à lui Cenzi Gargaro. En parallèle des grosses opérations, le marché des Euro PP, obligations destinées aux ETI et PME a confirmé son dynamisme, à l’image de Kiloutou qui a bouclé sa première sa première opération début juin, collectant ainsi 30 millions d’euros.
Selon les observateurs, ce dynamisme en matière de financement devrait se poursuivre jusqu’à fin juillet, du moins si le Royaume-Uni se maintient dans l’Europe.