Le marché du droit a vu apparaître de nombreuses legal start-up et certaines d’entre elles sont devenues de véritables acteurs. Entre concurrence et coopération, les avocats cherchent encore comment y faire face. Stéphanie Smatt, membre de la commission prospective du Conseil national des barreaux (CNB), de l’Incubateur du barreau de Paris et avocate au sein du cabinet Altana, fait le point pour nous.
Comment se porte aujourd’hui le marché des legal start-up ?
Depuis près de deux ans, le marché des legal start-up ne cesse de se développer et les offres de se diversifier au point de devenir concurrentielles. Elles répondent aujourd’hui pour la plupart à des demandes exprimées par les «consommateurs du droit» qui n’avaient pas suffisamment été considérées par le passé par les avocats et que ces nouveaux acteurs viennent combler. Elles permettent notamment de faciliter l’accès à la justice et au droit.
En fonction de leur business model, leur pérennité est cependant variable. Il existe, à mon sens, différentes raisons à cela. D’abord, des obstacles d’ordre réglementaire tenant notamment aux conditions d’exercice de la profession d’avocat, bien que les actions judiciaires lancées par diverses institutions n’aient à ce jour pas abouti aux condamnations requises (en témoigne la récente relaxe par la cour d’appel de Paris du dirigeant du site demanderjustice.fr poursuivi à l’initiative du CNB). Ensuite, certaines d’entre elles ne disposent pas des fonds de leurs ambitions, en particulier pour se doter des moyens technologiques les plus avancés pour assurer le succès attendu sur un marché exigeant. Bien que toutes n’expriment pas ce besoin, certaines arrivent à lever des fonds, comme Captain Contrat qui a récemment levé 1 million d’euros, mais elles restent rares.
Le marché des legal start-up ne va-t-il pas s’autoréguler ?
De manière générale, la majorité des start-up innovantes ne se posent pas réellement la question du cadre légal, qu’elles voient comme une entrave. L’autorégulation est difficilement évitable si l’ensemble des acteurs concernés n’est pas entendu, d’où l’importance de l’anticiper et d’être à l’écoute. Nous sommes dans une période charnière où il faut agir vite.
Le projet de charte éthique liant les legal start-up et les professionnels du droit présenté il y a quelques jours, dans le cadre du programme économie numérique du droit d’Open Law va dans ce sens. L’Incubateur travaille également à la création d’un projet de rescrit et de label pour les legal start-up.
Selon vous, quelles réactions devraient avoir les avocats face aux legal start-up ?
Nous ne pouvons pas échapper aux legal start-up. Plus généralement, l’essor des technologies numériques, modifie en profondeur les méthodes de travail de l’ensemble des praticiens du droit, y compris de nos clients qui expriment des besoins nouveaux. Il est donc impératif de nous adapter à ces évolutions et d’être créatifs.
Il nous faut réfléchir, individuellement et collectivement, à la manière de travailler avec les legal start-up et surtout d’incorporer les nouveaux outils à notre disposition pour améliorer notre pratique quotidienne, gagner du temps et réduire nos coûts. Des démarches de co-innovation nous ont d’ailleurs été proposées par des legal start-up pour contribuer à ce que les outils soient le plus efficaces et utiles pour les avocats.
Il nous faut également repenser le business model des cabinets pour demeurer compétitifs.
De nombreuses initiatives sont prises aujourd’hui par nos confrères, pour repenser leurs offres et fluidifier les échanges, mais également par les institutions (l’Ordre des avocats de Paris, le CNB, plusieurs barreaux de province ont tout récemment lancé des plateformes de consultation juridiques) qui témoignent de cette prise de conscience collective.
Cette incorporation est-elle possible en l’état actuel de la déontologie ?
Notre déontologie est précieuse. C’est un garde-fou qui offre des garanties fondamentales aux justiciables que les legal start-up n’offrent pas. Elle évolue, notamment en ce qui concerne la libéralisation de la communication des avocats, qui participe d’une meilleure visibilité. Néanmoins, d’autres assouplissements sont également souhaitables s’ils sont circonscrits. Je pense par exemple à l’exercice d’une activité commerciale accessoire et l’interprofessionnalité qui font d’ores et déjà l’objet de débats animés et de propositions concrètes. Il faudrait également repenser les règles qui encadrent le mode de rémunération de l’avocat.