Parcours du directeur juridique, organisation de son équipe, explications sur son fonctionnement et sur ses conseils. Découvrez le portrait d'une direction juridique.
Qui la dirige
Le hasard et la séduction. Venus au droit par hasard, nombreux sont les impétrants juristes à s’être laissés séduire par une discipline d’apparence austère, mais dont la maîtrise constitue un antidote à l’ennui et un moyen efficace pour pénétrer n’importe quelle activité. Il en est ainsi d’Alexandre de Tourtier. Son plaisir est manifeste à pratiquer le droit dans le domaine du digital et d’Internet. Et à l’écouter parler de ses seize années d’expérience, on comprend qu’il est de ceux qui vivent en ayant à cœur de ne pas rester dans sa zone de confort tout en prenant du plaisir dans son travail. Après un DESS en droit des affaires à Paris 5, son service militaire au Tribunal des forces armées et un DEA de droit du patrimoine privé à Paris 1, «parce que le droit des obligations est un socle incontournable», il décroche un stage chez France Télécom. «Il s’agissait de préparer sa première assemblée générale en tant que société cotée, c’était assez folklorique compte tenu du choc culturel lié à la mise en Bourse. Ce fut passionnant.» Il y reste six ans, à une période où le groupe procède à de nombreuses opérations stratégiques et acquisitions. «J’ai eu la chance d’être détaché pendant neuf mois à Londres, pour faire le lien avec les équipes anglaises d’Orange que France Télécom venait d’acheter, travailler à l’intégration de cette société dans le groupe et préparer son IPO.» En janvier 2004, il rejoint Danone pour prendre en charge le droit des sociétés dans l’équipe de la nouvelle directrice juridique, Christiane Butte. Même s’il se sentait très bien chez Danone, il se laisse tenter par le challenge que lui propose PagesJaunes et rejoint l’entreprise en novembre 2005 pour devenir directeur juridique corporate et secrétaire du conseil. PagesJaunes venait d’entrer en Bourse et France Télécom préparait la cession du solde de sa participation. Chose faite six mois plus tard, dans le cadre d’un LBO mis en œuvre par KKR et Goldman Sachs, l’entreprise restant néanmoins cotée. Un vrai challenge de combiner les problématiques juridiques de société cotée et sous LBO. En avril 2010, il est nommé directeur juridique adjoint et en janvier 2011 directeur juridique du groupe dont il reste secrétaire du conseil.
Comment elle s’organise
L’équipe compte vingt personnes et est organisée en quatre départements : nouvelles technologies et propriété intellectuelle, droit de la publicité et corporate, concurrence, données personnelles (qui intègre dans son équipe un ingénieur).
Classiquement, les réunions sont ainsi organisées : «Tous les quinze jours ou toutes les semaines, selon l’actualité, je réunis mes n-1. Eux-mêmes organisent leur réunion d’équipe toutes les semaines. Et nous faisons une réunion globale tous les mois, qui est l’occasion de faire redescendre de l’information et au cours de laquelle des opérationnels viennent souvent présenter des sujets d’intérêts communs.»
Mais le plus innovant vient de l’organisation physique de l’espace de travail, qui a été totalement transformé il y a un an pour adopter désormais un espace ouvert et sans bureau attribué. On s’installe à côté de la personne avec laquelle on travaille sur un dossier et on peut profiter de différents types d’espaces selon le besoin : bench classique pour un travail de réflexion, espaces de travail collaboratifs propices aux échanges aussi bien entre juristes de départements différents qu’avec les opérationnels, box pour un call ou une réunion à deux ou trois. «Nous voulions changer nos méthodes de travail pour gagner en efficacité, favoriser les échanges et transmettre une image dynamique et novatrice de la direction juridique.» Et il semble que cela fonctionne. «Dans le cadre du déménagement du siège l’an prochain, l’attente de l’équipe est que les nouveaux locaux soient au moins aussi bien que notre espace actuel. Et tel sera bien le cas, puisque ce sera alors l’ensemble de l’entreprise qui adoptera cette nouvelle organisation. La direction juridique est maintenant citée en exemple !»
Comment elle se positionne
«Bien ! La direction juridique est très proche (par les échanges et physiquement) de la direction générale. Nous sommes impliqués très en amont des projets opérationnels ou stratégiques. C’est très motivant, car nous sommes là pour aider les opérationnels, trouver des solutions et accompagner l’entreprise dans sa transformation.»
Qui la conseille
«L’entreprise est fidèle à ses conseils qui la connaissent bien et gagnent en efficience.» On citera : Robert Saint-Esteben et Marie-Cécile Rameau en droit de la concurrence (Bredin Prat) ; Hugues Mathez en corporate (White & Case) ; Frédéric Leclercq, en contentieux social (Lusis) ; Bertrand Potot en propriété intellectuelle (DS Avocats).