La lettre d'Option Droit & Affaires

Focus

Radiographie© 2018 des cabinets d’avocats : une croissance en berne

Publié le 24 octobre 2018 à 16h51

Chloé Enkaoua

Le bimensuel Juristes_associés a récemment publié sa radiographie annuelle des cabinets d’avocats d’affaires. Même si les Big parviennent à tirer leur épingle du jeu, l’étude fait état d’une année 2017 peu fructueuse sur le marché. Analyse de cette tendance avec Caura Barszcz, directrice de la publication.

L’édition 2018 de la Radiographie© des cabinets d’avocats d’affaires, publiée par Juristes_associés en septembre dernier, est formelle : l’année 2017 a indéniablement été une «année de croissance ralentie» pour les cabinets. En témoignent les effectifs productifs (associés et collaborateurs facturés aux clients) qui ont enregistré l’an passé une croissance de + 1,76 % contre + 3,8 % en 2016, et les chiffres d’affaires qui se sont hissés tant bien que mal à + 0,11 % en 2017, alors que l’année précédente avait affiché une hausse de + 5,71 %. Et les cabinets internationaux, même s’ils restent en croissance, ne sont cette fois-ci pas épargnés par la tendance (- 2,28 % des productifs, - 2,86 % des associés et - 1,18 % des chiffres d’affaires), et ont représenté en 2017 moins de la moitié des chiffres d’affaires globaux du marché (48,9 %). Une première dans l’histoire de l’étude de Juristes_associés. «Cette édition 2018 montre que, s’il y a croissance, elle est ralentie et n’est pas équivalente pour tous. Même les cabinets internationaux souffrent. Et malgré la reprise du corporate et du contentieux, les cabinets peinent à retrouver le niveau financier d’avant-crise, tant en termes de volume d’affaires que de volume d’honoraires», constate Caura Barszcz.

Les Big à l’assaut du marché

La radiographie avance plusieurs explications à cette tendance. Et notamment le fait que les cabinets les plus gros, y compris les internationaux, auraient atteint un plafond. «La croissance américaine du “legal market” est ralentie, les marchés asiatiques sont en attente de retour sur investissement, la demande globale reste stagnante», rapporte Caura Barszcz dans son étude.

Seules exceptions dans ce marché plutôt inerte, les cabinets de niche qui rencontrent toujours de fortes demandes pour leur type de prestation, et surtout les Big 4 pour lesquels tous les indicateurs sont actuellement au vert. Pour preuve, le tableau des dix premiers cabinets en termes de chiffre d'affaires qui place Fidal et EY Société d'Avocats sur le haut du podium, avec respectivement une évolution de + 2,55 % et + 14,60 % de leurs chiffres. En tout, les Big 4 affichent un chiffre d'affaires global en hausse de + 4,23 % en 2017. Parallèlement à ces résultats, les Big voient également leurs effectifs augmenter. Fidal et EY Société d'Avocats tiennent encore une fois le haut du pavé (+ 1,0 % et + 3,5 % d'évolution entre 2016 et 2017), suivis de près par PwC Société d'Avocats et Taj (Deloitte), respectivement en 3e et 5e position du classement des dix premiers cabinets en taille. «Les Big ont mis un coup d'accélérateur sur leur reprise en main du marché juridique, ce qu'ils n'avaient pas fait depuis Enron, commente Caura Barszcz. C'est une tendance qui va s'accentuer et sur laquelle il va falloir compter dans les années à venir, car à l'inverse de l'avant-Enron, les Big s'intéressent aujourd'hui également au corporate et aux opérations visibles qui sont tout à fait complémentaires avec le reste des métiers des réseaux pluridisciplinaires dont ils font partie.»

Un modèle à repenser

Par ailleurs, la radiographie 2018 souligne que les clients des cabinets d'affaires, de plus en plus matures et à la recherche d'un rapport qualité-prix le plus juste possible, font désormais moins appel à leurs avocats pour leur préférer de plus en plus souvent «des fournisseurs alternatifs technologiquement équipés». «Les clients des cabinets négocient davantage leurs honoraires que par le passé, qu'ils mettent par ailleurs beaucoup plus de temps à régler, fait remarquer Caura Barszcz. Face à ces clients de plus en plus difficiles à satisfaire, qui payent moins mais qui ont néanmoins des demandes extrêmement pointues nécessitant une forte implication de la part des associés, les cabinets doivent s'organiser autrement. Leur modèle est actuellement en transition, et le marché juridique est en train de se restructurer.» Une restructuration qui passe à la fois par de nouvelles tendances en matière de recrutements, de formation mais aussi d'association. «Afin de compléter le travail sur les dossiers, les cabinets font de plus en plus appel à des personnes qui ne sont pas forcément des juristes mais qui ont des aptitudes dans les nouvelles technologies, le design... Les besoins sont désormais très protéiformes, poursuit Caura Barszcz. Les jeunes générations sont par ailleurs de plus en plus en demande de formations différentes et de visibilité sur leur carrière. Ils ne veulent plus nécessairement devenir associés, et il s'agit donc de trouver les moyens de les attirer et de les fidéliser autrement, ce qui représente un challenge pour les cabinets.» Une situation qui impacte également le mode de rémunération des avocats, désormais autant basé sur le travail en équipe, le management, la formation des plus jeunes ou encore le cross-selling que sur la facturation pure et simple. Le début d'une nouvelle ère ?


La lettre d'Option Droit & Affaires

Kirkland & Ellis va s’installer à Paris

Marie-Stéphanie Servos

La rumeur courait depuis quelques semaines dans la presse anglo-saxonne, avant de se propager au microcosme parisien.

Lire l'article

Chargement…