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Un Brexit souhaitable pour la France ?

Publié le 2 mars 2016 à 11h29

Florent Le Quintrec

Après avoir négocié un statut spécial du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne, le Premier ministre britannique David Cameron a annoncé la tenue d’un référendum sur la sortie volontaire du pays, ou «Brexit», de l’UE. Cette consultation aura lieu le 23 juin. Une telle éventualité constituerait un sévère coup d’arrêt à la construction européenne. Elle aurait des conséquences non négligeables outre-Manche, mais aussi dans le reste de l’Europe. Dans ce contexte, Londres pourrait perdre de sa superbe en tant que place financière incontournable, au profit d’autres villes, et notamment de Paris. Deux spécialistes du monde des affaires livrent leur avis à ODA.

L’avis de... Daniel Hurstel, associé de Willkie Farr & Gallagher

La place financière de Londres a vu son importance s’accroître fortement ces vingt dernières années. C’est une très mauvaise nouvelle pour la place parisienne. Un éventuel Brexit pourrait inverser cette prédominance car il aurait des impacts négatifs pour les entreprises exportatrices britanniques et, par voie de conséquence, pour la City. A moins, bien sûr, que Londres ne parvienne à garder tous les avantages de libre établissement et de circulation en négociant avec l’UE, auquel cas ce serait un faux Brexit. L’Union européenne est capable d’un compromis aussi mauvais !

Parmi les conséquences négatives d’un Brexit pour Londres, on peut prendre l’exemple du passeport européen qui, obtenu auprès de l’autorité de régulation britannique, permet aux établissements financiers d’opérer dans toute l’Union européenne. Si le Royaume-Uni sortait de l’UE, ces établissements ne pourraient plus obtenir ce passeport à Londres et seront incités à s’installer sur le continent, a priori à Francfort ou à Paris. Le Brexit pourrait donc être très positif pour ces places financières, qui voudront dès lors mettre en avant leurs atouts. Paris ferait alors valoir la qualité de ses infrastructures, sa réglementation financière ou ses produits juridico-financiers, qui pourront attirer de nombreux acteurs. En attendant, sur chacun de ces points, des améliorations pourraient être entreprises. Le recours au droit civil et non pas à la common law constituerait, dans un monde des affaires très anglo-saxon, un défi passionnant.

En outre, le renforcement de la place de Paris serait une bonne nouvelle pour les entreprises françaises, qui bénéficieraient d’un renforcement de l’écosystème de services (banques, assurances, brokers, agences de notation…). Ces dernières années, beaucoup de sociétés ou des départements de grands groupes ou d’acteurs du monde financier ont quitté ou veulent quitter Paris pour s’installer à Londres. Le mouvement peut s’inverser. Si Paris se développe, ce mouvement sera forcément freiné. Il serait toutefois dommage que cela soit dû uniquement à la faiblesse de notre voisin plutôt qu’à des efforts pour développer la place de Paris et la rendre plus attractive. Il faut donc travailler au renforcement de la place sans miser sur le Brexit qui, de toute façon, reste une mauvaise nouvelle pour l’Europe. Apparemment, le «pays» y travaille avec, par exemple, la réforme du code du travail, le développement de la French Tech…

L’avis de... Marc Lhermitte, associé d’EY

S’il y a Brexit, quels que soient les termes de sortie, l’économie britannique sera confrontée à une période d’incertitude sur la forme de son nouveau partenariat avec l’Europe et sur celle des nombreux accords commerciaux passés par l’UE dans le monde.

Pour les entreprises implantées au Royaume-Uni, de tous secteurs, la perspective de sortie de l’UE engendrera à court terme des retards et de l’instabilité, et donc un certain nombre de coûts supplémentaires. Pour un temps, le Royaume-Uni ne sera plus une plaque tournante commerciale aussi efficiente qu’elle l’est aujourd’hui.

Les entreprises françaises pourraient bénéficier quant à elles d’un effet positif, mais sans doute pour un temps donné, celui de la réorganisation des nouveaux équilibres commerciaux et de nouvelles conditions avec leurs clients et fournisseurs. La France pourrait donc profiter pendant quelque temps du Brexit mais, comme le montre la Suisse ou la Norvège, il est tout à fait possible d’avoir des relations commerciales normales dans l’UE et hors UE sans en faire partie. L’attractivité économique et commerciale du Royaume-Uni finira donc par reprendre ses droits.

Si le Brexit a lieu, il y a plusieurs conséquences possibles, aujourd’hui difficilement prévisibles – mais certainement étudiées par les banques –, dont celle d’une relocalisation partielle d’activités financières de la City vers Paris, Francfort, Dublin ou Amsterdam, par exemple. Mais ces places pourraient également subir la concurrence des marchés asiatiques comme Singapour ou Hong Kong. Ainsi, la France pourrait tirer parti de cette «opportunité» et faire preuve d’opportunisme. Comme le font régulièrement Londres et son maire, Paris peut se montrer plus agressive en matière de marketing.

Paris doit tout faire pour s’imposer comme une place incontournable en Europe et, contrairement à Dublin, un peu de promotion pour le transfert d’investissements depuis Londres ne présente pas de risques de trop affecter ses rapports avec le Royaume-Uni. Nous avons perdu beaucoup de terrain en vingt ans, notamment sur les sièges sociaux et les activités financières, et ce serait le moyen de combler un peu le retard.


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