La chaîne de télévision française privée Canal+ a signé un accord en vue de mettre la main sur le distributeur de chaînes M7, l’un des principaux opérateurs indépendants de télévision payante en Europe, présent au Benelux et en Europe Centrale.
Le montant de ce rachat s’élève à un peu plus de 1 milliard d’euros. Il a été effectué auprès du fonds d’investissement européen Astorg, qui avait pris une participation majoritaire au capital de l’opérateur luxembourgeois en 2014. A noter que la transaction, qui reste soumise à l’approbation de la Commission européenne, est la plus importante pour la filiale de Vivendi depuis la reprise en 2005 de son concurrent TPS. Elle lui permettrait notamment de se développer à l’international, en s’implantant dans sept nouveaux pays européens (Belgique, Pays-Bas, Autriche, République tchèque, Slovaquie, Hongrie et Roumanie) représentant au total 36 millions de foyers pour près de 90 millions d’habitants. A l’issue de l’opération, Canal+ totaliserait ainsi près de 20 millions d’abonnés dans le monde, dont 12 millions en Europe. M7 constituerait en outre une plateforme de distribution complémentaire pour l’ensemble des contenus de Canal+, qui investit chaque année plus de 3 milliards d’euros dans la production de contenus. De quoi peut-être dégager l’horizon de la chaîne, qui subit actuellement une érosion de son parc d’abonnés en France. En 2018, selon les chiffres divulgués par sa maison mère Vivendi, elle a en effet compté 300 000 abonnés individuels de moins qu’en 2017. Créé il y a une vingtaine d’années, M7 est un agrégateur et distributeur de chaînes locales et internationales, par satellite et plateformes OTT (vidéo à la demande, streaming, etc.), qui comptabilise un total de 3 millions d’abonnés en Europe. Basé au Luxembourg et à Amsterdam, le groupe distribue des chaînes gratuites nationales ainsi que des labels internationaux tels que Disney Channel, HBO, Eurosport, National Geographic et Nickelodeon. Il fournit également de l’Internet à haut débit ainsi que de la téléphonie aux Pays-Bas et en Belgique. Ses services ont représenté environ 400 millions d’euros de chiffre d’affaires l’an dernier. Canal+ a été représenté par Gibson, Dunn & Crutcher avec, à Paris, Ariel Harroch et Judith Raoul-Bardy, associés, Sandra Bouchouareb, Adrien Levallois et Manon Top en corporate, par Stibbe au Luxembourg, aux Pays-Bas et en Belgique, par Kinstellar en République tchèque, Slovaquie, Hongrie et Roumanie, ainsi que par Binder Grosswang en Autriche. Astorg a été conseillé par Paul Hastings avec Alexis Terray et Sébastien Crepy, associés, et Stanislas Offroy sur les aspects corporate et contractuels, Joséphine Fourquet en concurrence, et Allard de Waal, associé, et Thomas Pulcini en fiscal, ainsi que par Loyens & Loeff au Luxembourg et aux Pays-Bas.
Le conseil de Canal+ : Ariel Harroch associé chez Gibson, Dunn & Crutcher
Quel a été le contexte du rachat de M7 par Canal+ ?
Cette acquisition stratégique représente une opportunité pour Canal+ d’étendre sa présence et son empreinte en Europe, en dehors de la France et de la Pologne où le groupe est d’ores et déjà actif. M7 offre véritablement une complémentarité géographique avec les pays où Canal+ a déjà des abonnés, et lui permet également de pouvoir valoriser ses créations originales et son catalogue, dans la mesure où M7 est un groupe de distribution qui ne produit de son côté aucun contenu.
Quelles ont été les particularités juridiques de cette acquisition ?
Canal+ a approché Astorg en dehors de toute mise sur le marché de M7, et alors que d’autres groupes pouvaient être intéressés. Plus encore que dans d’autres opérations de cette nature, il fallait donc que cela aille vite. Par ailleurs, le cahier des charges côté vendeur et acquéreur mentionnait un impératif de confidentialité de la transaction, qui était vraiment le gage de pouvoir aller jusqu’au bout, et ce malgré le nombre important de juridictions impliquées. Au-delà de la négociation, cela a donc nécessité de notre part un travail de coordination et de supervision des conseils locaux, afin de bien comprendre tous les enjeux et contraintes et d’en tenir compte dans le cadre des échanges avec le vendeur.
Avez-vous rencontré des difficultés particulières dans le cadre de ce deal ?
Il nous a fallu travailler dans un calendrier relativement resserré, tout en sollicitant un certain nombre d’interlocuteurs à travers l’Europe. La différence de typologie des acteurs, entre un vendeur qui est un fonds de private equity et un acquéreur stratégique, avec des points de vue par nature divergents, nous a également amenés à faire le pont entre les deux parties afin de leur permettre de trouver un accord acceptable pour chacun.