La lettre d'Option Droit & Affaires

Interview

«Nous souhaitons devenir la plateforme de référence du droit des affaires»

Publié le 10 juillet 2019 à 10h54

Chloé Enkaoua

Le Cercle Montesquieu et la legaltech LegalCluster ont officialisé un partenariat le 2 juillet dernier. Au travers d’une plateforme digitale dédiée, l’objectif est d’accompagner la transformation digitale des directions juridiques et de fluidifier les relations avec leurs conseils externes. Explications avec Jean-Marie Valentin, ex-associé de Sekri Valentin Zerrouk et président de LegalCluster.

Quelle est la genèse de ce partenariat ?

Jean-Marie Valentin : Il y a toute une émulation concernant la transformation digitale des professions du droit, et nous nous sommes aperçus chez LegalCluster que nous partagions la même vision que les membres du Cercle Montesquieu par rapport à cette évolution. Nous pensons en effet qu’elle concerne tous les acteurs de la chaîne de valeur des directions juridiques, de ses clients internes jusqu’aux contributeurs externes que sont les cabinets d’avocats, et que la mutation technologique doit donc se faire de bout en bout. Outre le fait que le directeur juridique se positionne aujourd’hui comme un business partner étroitement lié au cycle de vie opérationnel de l’entreprise, il est en effet devenu également le managing partner de tout un écosystème juridique composite.

Concrètement, comment comptez-vous transposer cette vision au travers des nouvelles technologies ?

J-M. V. : Face à ces nouveaux enjeux, les solutions technologiques adéquates doivent répondre à une logique de plateformes de services dédiées. C’est ce que nous proposons au travers de ce partenariat. L’idée est de mettre à disposition des directions juridiques un outil leur permettant de réunir leur écosystème, et de transformer leur panel en une véritable communauté juridique avec laquelle ils peuvent échanger et collaborer. Les cabinets d’avocats peuvent ainsi répondre plus facilement à l’ensemble des sollicitations de leur client, en mobilisant tous les acteurs de cet écosystème. Le Cercle Montesquieu, qui bénéficie aujourd’hui d’un accès privilégié à nos solutions, a par ailleurs remarqué que lorsqu’une entreprise souhaitait développer un outil propre pour répondre à ces problématiques, les investissements étaient considérables. Au final, peu d’entre elles disposent des ressources nécessaires au développement d’une telle technologie, et toutes ont le même type de besoins. Ce partenariat permet donc également de mutualiser les moyens ; si l’entreprise A invite son panel sur la solution et que les acteurs de ce panel rendent leur profil accessible à tous, alors l’entreprise B qui n’a pas forcément les mêmes moyens pourra également avoir accès à des ressources juridiques qui auront été validées par leurs pairs.

Vous envisagez le déploiement de cette solution au travers d’une plateforme de services juridiques mondiale, avec le soutien financier de l’Union européenne et de Bpifrance. Pouvez-vous en dire davantage ?

J-M. V. : Les financements accordés visent à accélérer le développement technologique du projet. Ils serviront également à apporter la brique «intelligence artificielle» nécessaire pour améliorer la mise en relation entre avocats et directeurs juridiques. L’idée est de faciliter la prise de contact entre les professionnels du droit, en permettant aux directions juridiques d’exprimer facilement leurs besoins et aux cabinets d’avocats d’y répondre efficacement. Bpifrance et l’UE ont été séduits par l’idée de faire émerger au niveau européen un acteur permettant de cristalliser les services juridiques.

Aujourd’hui, toute la structure de la plateforme a été livrée et de nombreux professionnels du droit y ont d’ores et déjà créé leur profil, parmi lesquels une trentaine de cabinets d’avocats et une vingtaine de directions juridiques. Notre objectif est de devenir à terme la plateforme de référence du droit des affaires au niveau mondial ; après le lancement en France, le but est d’accélérer le déploiement de la solution à l’international dès 2020, notamment dans la zone MENA.

Comment vous positionnez-vous par rapport aux enjeux de cybersécurité et de confidentialité qui agitent le monde du droit ?

J-M. V. : Tout notre modèle technologique et économique est basé sur la non-monétisation des données, et sur la sécurisation et le cryptage de ces données au seul bénéfice des utilisateurs. Dans un contexte d’internationalisation du marché du droit, toutes les études portant sur la cybersécurité ont montré qu’il était aujourd’hui beaucoup plus sûr de collaborer dans des clouds sécurisés et structurés qu’en usant et abusant de mails et de pièces jointes. Nous répondons à ces enjeux-là.

Le fait de travailler main dans la main avec le Cercle Montesquieu permet-il quelque part de rassurer ceux qui sont encore réticents face aux legaltechs ?

J-M. V. : Nous ne sommes pas de jeunes étudiants voulant disrupter le marché du droit. Il me semble très important d’avoir la confiance et le soutien des acteurs juridiques de référence de la place ; le Cercle Montesquieu en fait partie. Cette confiance, nous entendons désormais la partager également avec les représentants des ordres et la Chancellerie.


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