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Regain d’optimisme en Europe pour les opérations de fusion-acquisition

Publié le 11 octobre 2017 à 15h12

Alexandra Rohmert & Jean-Robert Bousquet

L’intérêt pour les opérations de fusion-acquisition en Europe est rapidement revenu après le résultat surprenant du vote en faveur du Brexit l’an dernier, selon la cinquième édition de l’étude sur les perspectives du marché européen des fusions-acquisitions (CMS European M&A Outlook 2017), publiée par CMS en collaboration avec Mergermarket (*).

Par Alexandra Rohmert, associé, et Jean-Robert Bousquet, associé, CMS Bureau Francis Lefebvre

Dans le cadre de cette étude, l’opinion de 230 dirigeants d’entreprises et de fonds de private equity en Europe a été recueillie à propos du marché européen des fusions-acquisitions pour les douze mois à venir.

Dans le sillage du vote en faveur du Brexit, l’étude menée l’année dernière a vu les sondés se déclarer moins optimistes sur l’activité des fusions-acquisitions européennes. Les dirigeants interrogés cette année se sont montrés plus confiants. Une grande majorité (67 %) anticipe une hausse du niveau de cette activité, tandis que seuls 5 % d’entre eux prévoient un ralentissement.

Les deal makers semblent s’adapter à une «nouvelle norme» sur le marché européen des fusions-acquisitions. Selon Stefan Brunnschweiler, responsable de la pratique Corporate/M&A de CMS : «L’humeur des deal makers est sensiblement différente en 2017. Les sondés sont pour la plupart optimistes quant aux perspectives des opérations de fusion-acquisition pour les douze mois à venir, même s’ils restent conscients des défis qu’ils doivent relever. Plusieurs d’entre eux ont indiqué être prêts à tirer parti des opportunités engendrées par les bouleversements liés au Brexit et par un redressement de la croissance économique dans la zone euro.»

De fait, les opérations de fusion-acquisition en Europe montrent quelques signes de stabilisation. Selon les données de Mergermarket, la valeur des opérations de fusion-acquisition au 1er semestre 2017 a bondi par rapport au 1er semestre 2016, affichant une hausse de 33 % pour atteindre 443 milliards d’euros, tendance confirmée dès le 2e trimestre avec 246 milliards d’euros enregistrés représentant une hausse de 25 % par rapport à la même période de l’année précédente. Au premier semestre 2017 la France se positionne en 3e rang derrière le binôme UK-Irlande et l’Allemagne, avec une progression de 66 % en valeur dans ses opérations pour un montant global de 63 milliards d’euros. Pour Jean-Robert Bousquet, avocat associé responsable du pôle fusions & acquisitions chez CMS Bureau Francis Lefebvre, le bilan positif des opérations M&A en Europe est alimenté par une croissance modeste du PIB qui conduit les entreprises à accélérer leur expansion via des acquisitions, combiné aux bas coûts de financement. La diminution de l’incertitude politique en France peut aussi être considérée comme génératrice de confiance pour ce marché.

Selon l’étude, la part des grandes opérations de transformation devrait augmenter. Conformément à la hausse du nombre d’opérations plus importantes – supérieures à 1 milliard d’euros – affichée au 1er semestre 2017, deux entreprises sur cinq et près de la moitié des fonds de private equity interrogés recherchent des opérations de restructuration de grande envergure.

Les résultats des élections présidentielles en France, en Autriche et aux Pays-Bas favorisant une économie proeuropéenne ont renforcé l’audace des investisseurs et font de l’Europe un marché idéal pour opérer des acquisitions. Les dirigeants interrogés pensent également que les conditions de financement en Europe sont favorables et qu’elles permettront de stimuler les opérations pour l’année à venir. Les acheteurs internationaux suivent le marché européen avec intérêt, comme en témoignent quatre des dix plus grandes opérations européennes réalisées par des acheteurs localisés en dehors de l’Union européenne au cours du 1er semestre 2017. Les personnes interrogées s’attendent à ce que cette tendance se poursuive : 90 % d’entre elles anticipent une hausse du nombre d’opérations de fusion-acquisition européennes réalisées par des acheteurs non européens et 60 % des sondés misent sur une augmentation du montant global dans les douze prochains mois. Les investisseurs non européens restent attirés par les opérations en Europe comme un moyen de se protéger contre les risques potentiels de leurs propres marchés. Les deals seraient conduits par la nécessité de se diversifier par rapport aux marchés existants pour gérer la volatilité, profiter des valorisations relativement basses en Europe et accéder plus largement aux débouchés de l’Union européenne. En France, ces opérations non européennes ont enregistré une hausse de 12 % en volume et 14 % en valeur, au cours du 1er semestre 2017.

L’étude signale également une tendance au co-investissement : malgré les niveaux records de réserves liquides, les fonds de private equity passent de plus en plus souvent des accords avec d’autres fonds similaires. Dans cette enquête, 60 % des personnes interrogées ont conclu au moins un accord à côté d’un autre fonds de private equity l’année dernière et une plus grande proportion (67 %) s’attend à faire de même sur les douze prochains mois. Ce résultat met en évidence une tendance vers des deals de grande envergure et la volonté des fonds d’agir ensemble afin d’éviter les risques de concentration, la plupart d’entre eux étant soumis à des restrictions sur la part du montant investi dans un seul actif.

D’un point de vue sectoriel, le domaine des technologies, médias et communications (TMC) reste identifié comme prometteur dans les acquisitions, suivi des secteurs des biens de consommation et de l’énergie. Au cours du 1er semestre 2017, les fusions-acquisitions en Europe dans le secteur des TMC ont dépassé les 34 milliards d’euros, pour un volume de 511 opérations, selon les données de Mergermarket. L’e-commerce est identifié comme l’activité leader avec une progression de 42 % en valeur sur les deals effectués au 1er semestre 2017 versus la même période en 2016. Très fragmenté en Europe, le secteur du e-commerce semble être arrivé à maturité, prêt pour sa consolidation et croissance future.

Au travers de ce bilan optimiste recueilli auprès de la grande majorité des professionnels interrogés, cette enquête identifie trois recommandations de toute stratégie de fusion-acquisition :

Cherchez la rupture : certaines opérations de fusion-acquisition les plus réussies sont conclues lorsque l’incertitude et le changement découragent la concurrence. Recherchez des opportunités sur des marchés qui sont peut-être sous-évalués ou subissent une transformation rapide et ciblez les entreprises qui profitent de ces changements.

Concentrez-vous sur les principaux leviers de croissance : ces forces perturbatrices incitent les acheteurs à diversifier leur exposition pour gérer la volatilité. Le désinvestissement peut libérer du capital pour investir dans des domaines de plus grande valeur stratégique pour les vendeurs.

Profitez des conditions de financement : la variété croissante de structures de financement à disposition des sociétés européennes constitue un environnement financier propice à la réalisation de leurs ambitions M&A ainsi qu’au soutien de leurs plans de financement et de restructuration.

(*) L’intégralité de cette étude est disponible sur le site Internet cms.law. Téléchargez l'étude.


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Aurélia Gervais

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