La lettre d'Option Droit & Affaires

Focus Tech

Thomas Saint-Aubin ou la génération legaltech lawyer

Publié le 14 novembre 2018 à 15h53    Mis à jour le 21 novembre 2018 à 12h03

Marie-Stéphanie Servos

Dans l’écosystème du droit numérique, Thomas Saint-Aubin est un hyperproductif. Son CV parle pour lui : accompagnement de la chancellerie dans son passage à l’ère numérique, ouverture du droit… ses réalisations sont nombreuses et font presque de lui un vétéran du digital. Portrait.

Ses bureaux sont un anachronisme. Il y a trois ans tout juste, le 12 rue Notre-Dame-des-Victoires qui accueille aujourd’hui Seraphin.legal, un incubateur de projets numériques liés au droit, abritait encore les Annonces de la Seine, un journal d’annonces légales vieux de plus d’un siècle. Aujourd’hui, le lieu est devenu le repaire de la génération des legaltech lawyer, qui y ont élu domicile voilà deux ans. Dans son bureau qui donne côté rue, le CEO de Seraphin.legal s’explique : «Ces locaux sont ceux de mon associé, Jean-René Tancrède, ancien patron de presse juridique.» Derrière les portes de l’immeuble, juristes et ingénieurs autrement appelés les «Séraphins» travaillent quotidiennement à fabriquer les start-up juridiques de demain. Dernière création en date, une plateforme juridique dédiée à Offices du tourisme de France, créée sur mesures aux côtés d’Elise Fabing, avocate associée du cabinet BDD Avocats. Mais l’activité de Seraphin.legal ne s’arrête pas là : «Les Séraphins sont des anges qui ont six ailes. Cela complète la vision de notre activité : le droit, l’innovation, le numérique et la formation sont nos piliers. L’édition sera notre cinquième aile, et nous verrons plus tard pour la sixième», ajoute-t-il, comme pressé d’enclencher la suite de son activité.

Filmer la justice

Mais s’il est aujourd’hui le CEO d’une entreprise qui semble s’installer comme une véritable référence dans le paysage des legaltech, Thomas Saint-Aubin n’était pas vraiment destiné à côtoyer le code (informatique) pour inventer l’avocat de demain. Etudiant, il était plutôt passionné de cinéma, mais sans réelle fibre artistique, c’est vers la propriété intellectuelle qu’il se tourne gardant toutefois en lui le souhait de pouvoir lier un jour sa passion et sa profession. «Ce que je voulais, c’était filmer le droit, filmer la justice», se souvient-il. Au cours de ses recherches de mémoire, il tombe sur des archives de la loi Badinter de 1985 dans lesquelles le ministre de la Justice d’alors intervient. «Il y évoquait la perte de n’avoir pu filmer les audiences en correctionnel auxquelles étaient présentées les femmes accusées d’avoir pratiqué l’IVG dans les années 1970. Il disait que ces audiences auraient pu nous apporter beaucoup de matière pour repenser notre justice, sans parler de l’aspect historique…» Cet épisode marque le jeune homme. Dès lors, une chose l’obsède qui ne le quittera plus : l’ouverture des archives de la justice.

Ouvrir le droit

Après un début de carrière dans les années 2000 en tant que juriste, il rejoint la chancellerie et le service chargé des tournages. Dans un premier temps, il a plus la tête dans les textes de loi à composante numérique que derrière une caméra. Puis, en 2006, alors qu’un poste de chef de bureau pour la politique numérique de la chancellerie s’ouvre, il saute sur l’opportunité et réussit à se placer. «Je ne connaissais rien au numérique, mais je me suis dit, tant pis, fonce, endosse les missions numériques, mais garde en tête l’idée de réussir à placer ton projet de vidéos.» Pendant six ans, il chapeaute la stratégie éditoriale et digitale de la justice, et parvient en parallèle à autoriser l’enregistrement vidéo de milliers d’heures de procès. Percevant une opportunité, Thomas Saint-Aubin propose alors de créer une plateforme d’archives afin de rendre ces vidéos accessibles au grand public. «Justimemo» voit le jour. Une victoire, aux prémices des batailles qu’il mènera pour ouvrir le droit quelques années plus tard en pilotant Open Law, projet d’innovation collaborative stimulant la réutilisation des données publiques juridiques ouvertes. Mais Thomas Saint-Aubin tombe malgré lui dans le numérique, et est recruté à la Direction de l’information légale et administrative (Dila) en 2013. Pendant trois ans, il a la charge de mettre fin au JO papier, et la mission d’ouvrir le droit, dans le cadre de la loi pour une république numérique portée par Axelle Lemaire. Il mène ses missions à bien puis quitte la Dila, «un peu dans la douleur», nous confie-t-il, mais satisfait. Depuis, il a la ferme intention de s’atteler à mener ses propres rêves. «J’ai toujours été dans un entre-deux, entre le droit et le numérique. C’est d’une structure de ce type dont j’ai par la suite eu besoin.» Il lance alors FastArbitre, une legaltech dédiée à l’arbitrage, puis Séraphin.legal. Si la première ne lui permet pas de rencontrer un grand succès, elle lui permet néanmoins de faire la connaissance de Pierre Lasvigne, ingénieur informaticien devenu depuis associé de Séraphin. Aujourd’hui, Thomas Saint-Aubin poursuit encore ses rêves numériques et juridiques avec plus d’indépendance aux commandes de Séraphin, toujours animé du souhait d’accompagner le monde du droit dans son passage à l’heure numérique.


La lettre d'Option Droit & Affaires

Saam Golshani rejoint White & Case

Marie-Stéphanie Servos

C’est un petit séisme qui vient de se produire sur le marché des cabinets d’avocats d’affaires. La star incontournable du M&A/restructuring, Saam Golshani, quitte le cabinet Orrick où il était associé depuis quatorze ans, pour rejoindre White & Case.

Lire l'article

Chargement…