Le club informel de dirigeants de LBO, qui pesait fortement dans les opérations de private equity dans les années 2000, a vu plusieurs de ses membres prendre du recul et a cessé d’investir.
Créé au début des années 2000 lors du développement du capital-investissement en France, le Trèfle avait pour objectif de réunir des grands patrons de LBO afin de mettre en commun leur expérience et de peser face aux sociétés de private equity qui avaient tendance à imposer leurs conditions lors des montages LBO. Club informel de dirigeants, le Trèfle est né sous l’impulsion d’Olivier Legrain, président de Matéris, avec trois autres membres au départ. Très vite, il s’est étoffé par cooptation et réunit depuis plusieurs années, une quinzaine de membres. Ces derniers ont toujours cultivé la discrétion, mais les noms d’Hervé Gastinel (Terreal), Georges Plassat (Vivarte), Michel Pic (Frans Bonhomme), Xavier Decelle (Picard) ou encore Olivier de La Morinière (Fraikin) ont pu être identifiés parmi les membres actifs du Trèfle.
Une quinzaine d’investissements réalisés
Avec ses éminents dirigeants, le Trèfle s’est rapidement imposé comme un interlocuteur incontournable des fonds lors d’opérations de LBO. Fiscalité des dirigeants, management package, structure des LBO, relations avec les fonds… Autant de sujets dont s’est emparé ce club en tant que contre-pouvoir. Et à une certaine époque, mieux valait obtenir le feu vert du Trèfle pour mener à bien une opération. Car plus qu’un lobby, il intervient également en tant qu’investisseur. Constitué en SCR (société de capital-risque) abondée par ses membres, le Trèfle a en effet joué un rôle d’investisseur actif, bien que minoritaire, en investissant aux côtés des fonds dans les LBO de chacun d’entre eux. Au total, la SCR a réalisé une quinzaine d’investissements depuis sa création. Elle a notamment pris une participation dans Vivarte, à l’époque où Georges Plassat le dirigeait, et en est sorti à l’occasion du lender led orchestré à l’été 2014 qui a vu les créanciers Alcentra, Babson, Oaktree et Golden Tree prendre le contrôle du groupe d’habillement. Le club, qui fait également du rachat de dette, a par ailleurs participé à la restructuration de CPI en 2013, à l’issue de laquelle il détenait 24 % du capital.
Mais l’influence dont faisait preuve ce lobby dans les années 2000 semble avoir pris du plomb dans l’aile depuis quelques années. Crise oblige, le poids des dirigeants, du Trèfle mais aussi des LBO en général, a été affecté par les profondes restructurations qu’ont connues certaines sociétés. Parmi ses membres, Michel Pic a passé la main à la tête de Frans Bonhomme en 2009, année où le groupe a brisé ses covenants. En 2012, c’est Georges Plassat qui quittait Vivarte pour rejoindre Carrefour, alors que le propriétaire de La Halle souffrait de la crise de la consommation. Et l’an dernier, après avoir bouclé le démantèlement de Materis, une participation de Wendel, le fondateur du Trèfle, Olivier Legrain, a quitté le groupe pour devenir psychothérapeute de la médecine du travail, sorte de psy pour dirigeants.
Un lobby moins incontournable
Selon nos informations, c’est donc Hervé Gastinel, membre de la première heure, qui a repris les rênes de ce club informel depuis le retrait d’Olivier Legrain. Mais lui aussi a dû laisser sa place à la tête de Terreal après une restructuration douloureuse marquée par la prise de contrôle par les créanciers ING, Park Square et Goldman Sachs. En effet, la société a annoncé son départ en mai dernier, et son remplacement temporaire par Gilles Auffret, président du conseil d’administration, en attendant l’arrivée d’un nouveau patron en juillet. Toutefois, Hervé Gastinel continue d’assurer la présidence du Trèfle afin de gérer les participations du club. Aucun membre n’est d’ailleurs sorti de la SCR jusqu’à présent et la situation devrait rester ainsi tant qu’elle porte des participations. En revanche, le Trèfle a cessé ses investissements car d’une part, les opportunités se font de plus en plus rares ces derniers temps et, d’autre part, le Trèfle ne semble plus aussi incontournable qu’il y a dix ans. En effet, après quinze années de développement du private equity en France, l’expérience des dirigeants d’entreprise en matière de LBO a grandi. Bon nombre d’entre eux sont désormais entourés de leurs propres conseils financiers et juridiques leur permettant de lutter à armes égales face aux fonds d’investissement. Le soutien du Trèfle ne semble donc plus indispensable pour ces managers. Mais n’est-ce pas là finalement le signe que les objectifs initiaux du Trèfle ont été atteints…