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La France compte 17000 juristes d’entreprise

Publié le 20 décembre 2017 à 15h48    Mis à jour le 20 décembre 2017 à 17h48

Aurélia Gervais

Sept ans après la première édition, l’AFJE, le Cercle Montesquieu, l’Ecole de droit et management de Paris II et Legal Suite, en collaboration avec Ipsos, dévoilent leur nouveau baromètre des juristes d’entreprise. Malgré la hausse du nombre de juristes traduisant une reconnaissance accrue de la fonction, cette dernière connaît une profonde transformation engendrée par la transformation digitale.

«En 2017, la France compte 17 000 juristes d’entreprise exerçant dans des entreprises de plus de 100 salariés, contre 15 900 sept ans plus tôt». La seconde édition du baromètre des juristes d’entreprise, réalisée auprès d’un panel de 900 entreprises de 100 salariés et plus, fait état d’une progression de 7 % en sept ans, soit plus que la hausse globale de l’emploi en France de 2,7 %. Une augmentation que confirme Nicolas Guérin, directeur juridique groupe d’Orange et président du Cercle Montesquieu. «La direction juridique d’Orange était composée d’une centaine de juristes d’entreprise en 1991 et du double en 2000, précise-t-il. Elle est passée à 548 juristes neuf ans plus tard et à 728 aujourd’hui.» Assez logiquement, les grandes entreprises sont celles qui comptent le plus de juristes en leur sein. Les entreprises de plus de 5 000 salariés emploient ainsi en moyenne 37,9 juristes, contre 0,1 pour les sociétés de 100 à 199 salariés.

Une profonde mutation de leur métier liée à la digitalisation

L’étude relève que 59 % des directions juridiques sont directement rattachées à la direction générale, et 31 % aux directions administratives et/ou financières. Les directions juridiques deviennent également un centre de profit pour 41 % des sondés grâce aux indicateurs de performance (KPI) transmis à la direction générale. Est également constatée une très forte variété des domaines d’intervention, même si le droit des contrats reste l’activité principale pour 77 % des juristes interrogés. «44 % des juristes se déclarent généralistes et touchent donc à tous les domaines du droit, rappelle Nicolas Guérin. Il convient donc de les former en adaptant la durée de la formation, afin qu’elle soit plus courte et plus efficace, d’où la montée en puissance du e-learning.» L’attente des juristes en matière de e-learning a en effet beaucoup progressé : 29 % des personnes interrogées souhaiteraient en bénéficier, contre seulement 16 % en 2010. Des chiffres à nuancer puisque, dans les outils que les juristes souhaitent le plus utiliser dans le cadre de leur activité, viennent en première position les outils classiques, comme les bases de données juridiques (45 %), ainsi que les colloques, conférences et formations (44 %). De manière générale, les juristes s’attendent à une profonde mutation de leur métier liée à la digitalisation : 88 % des personnes interrogées considèrent qu’elle aura un impact durable sur l’exercice du métier.

Un manque d’association aux décisions stratégiques

Même si la progression du nombre de juristes d’entreprise démontre que le droit renforce sa place stratégique dans l’entreprise, certains freins demeurent. Les juristes déplorent ainsi un accès trop limité aux autres professionnels. S’ils estiment avoir un lien suffisant avec les avocats pour mener leurs missions, ils sont plus partagés sur les autres expertises. Par exemple, seule une minorité déclare avoir un accès suffisant aux conseils en organisation et en stratégie (44 %) et aux legal process out sourcing (39 %). Le manque d’association des juristes à certaines décisions stratégiques, l’absence de confidentialité de leurs avis et la division des professions juridiques sont également cités comme des éléments nuisant à leur profession. Près de 44 % des sondés considèrent que les résultats ou la compétitivité de leur entreprise a été mise en danger parce qu’ils ont été associés insuffisamment ou tardivement à certaines décisions stratégiques. L’absence de confidentialité des avis des juristes est aussi perçue, pour 73 % d’entre eux, comme un frein à la sécurité des entreprises et à l’attractivité de la France. Enfin, près de trois juristes d’entreprise sur cinq considèrent que la division des professions juridiques pénalise l’employabilité et la mobilité des juristes. «Cette division n’apparaît plus correspondre aux aspirations des jeunes générations, estime le vice-président de l’AFJE, Marc Mossé, également Senior Director Government Affair, Associate General Counsel chez Microsoft. Ce besoin de mobilité dans les carrières entraînera, à terme, une disparition de l’organisation en silo de nos professions.»


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