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Envoi d’un collaborateur à l’étranger : quels objectifs pour les cabinets ?

Publié le 20 septembre 2017 à 15h37

Aurélia Gervais

Inscrit dans une stratégie globale, l’envoi d’un collaborateur dans un bureau ou un cabinet partenaire étranger soutient le business développement des cabinets d’avocats. Il représente aussi un véritable outil de gestion des talents dans un contexte fortement concurrentiel où il est difficile d’attirer et de fidéliser les meilleurs éléments.

Qu’il s’agisse de suivre un projet ou encore de répondre à une sollicitation d’un bureau, un certain nombre de cabinets envoient leurs collaborateurs à l’étranger. Couramment employée par les cabinets internationaux, généralement pour une période comprise entre six mois et deux ans, cette pratique est également utilisée entre certains cabinets français et leur best friends étrangers. Le cabinet Altana, par exemple, a récemment envoyé des membres de son équipe à Tokyo et à Londres. Un collaborateur senior est par ailleurs actuellement en détachement pour quinze mois chez Morrison Foerster à New York, tandis qu’un échange de collaborateurs aura prochainement lieu avec le cabinet Borden Ladner Gervais au Canada. Un choix s’inscrivant avant tout dans une stratégie de développement international : «Ces échanges mutuels de collaborateurs nous permettent de renforcer nos liens avec nos partenaires, indique Jean-Nicolas Soret, associé du cabinet. Nous avons par exemple d’importantes ambitions vis-à-vis de la clientèle japonaise, avec un desk dédié à Paris intégrant une avocate d’origine japonaise. L’envoi d’une collaboratrice mid-level pendant quatre mois chez notre partenaire TMI Associates à Tokyo participe à cet objectif.» En effet, plus les relations entre les structures sont fortes, plus l’envoi mutuel de dossiers peut se développer.

Un outil de gestion des talents

Au-delà des aspects business, la rotation des collaborateurs s’avère parfois être un véritable outil de gestion des ressources humaines, et plus particulièrement de talent management, consistant à attirer, retenir et développer les compétences et performances des collaborateurs. Emmanuel Gaillard, managing partner du cabinet Shearman & Sterling, en est convaincu : proposer une expérience à l’international représente un atout pour le recrutement, comme pour la fidélisation des meilleurs profils. «La nouvelle génération étant particulièrement ouverte à la mobilité géographique, la perspective d’une expérience à l’étranger peut s’avérer décisive dans le choix du futur cabinet du collaborateur. Nous l’évoquons donc régulièrement pendant les entretiens d’embauche, déclare Emmanuel Gaillard. Nous sommes très favorables à la pratique de rotation que nous considérons, dans notre cabinet, comme un instrument de récompense dans la carrière.»

Nouveau challenge professionnel, l’expérience constitue en effet pour l’avocat, une réelle plus-value en termes de formation et de carrière. Le collaborateur développe également des liens étroits avec le bureau d’accueil, perdurant souvent au-delà de la période de détachement. «J’ai gagné en expertise, acquis de nouvelles compétences en management de projet et surtout enrichi mon réseau professionnel, témoigne Pierre Proux, collaborateur chez Baker McKenzie, parti six mois à Londres dans le cadre du suivi d’un dossier. J’ai également pu constater une différence culturelle, très enrichissante, se reflétant dans la manière de travailler.» Cette ouverture culturelle bénéficie en retour au cabinet d’origine. «Si la rotation est une richesse pour l’avocat, elle bénéficie également au cabinet grâce au perfectionnement de la formation et à une montée en compétences de son collaborateur», souligne Emmanuel Gaillard. L’avocat va notamment acquérir une aptitude complète à travailler dans une langue étrangère, mais surtout, de précieuses connaissances sur les spécificités locales. «Une telle expérience permet d’appréhender d’autres systèmes juridiques ainsi que les spécificités culturelles locales du monde des affaires, notamment dans la réalisation des deals», appuie Jean-Nicolas Soret. Un avantage précieux pour la réalisation d’opérations internationales notamment.

Mais pour que l’expérience soit fructueuse, encore faut-il choisir une personne capable d’assurer le succès de la mission. «Nous envoyons nos meilleurs collaborateurs, très motivés dans leurs dossiers, bénéficiant d’une expérience et d’une maturité suffisante pour véhiculer notre stratégie et satisfaire les demandes de nos partenaires», conclut Jean-Nicolas Soret.


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