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Directions juridiques : la voie vers l’innovation est ouverte

Publié le 22 mai 2019 à 11h32

Marie-Stéphanie Servos

La nouvelle édition de l’Observatoire des directions juridiques, réalisée par EY Société d’Avocats en partenariat avec l’AFJE, met l’accent sur l’innovation. Elle confirme un état d’esprit favorable des directions juridiques à la transition digitale, malgré les quelques freins auxquels ces dernières peuvent être confrontées dans sa mise en place.

L’intérêt pour l’innovation est croissant au sein des directions juridiques. 24 % de celles interrogées dans le cadre de l’étude menée par EY Société d’Avocats indiquent d’ailleurs qu’elle est une réelle opportunité de se positionner au sein de l’entreprise comme un véritable business partner. Ainsi, les directions juridiques se saisissent petit à petit des nouveaux outils existants afin de les intégrer à leur organisation : 30 % sont par exemple déjà dotées d’un outil de gestion des contrats ; 22 % ont déployé une facturation électronique, et 21 % un outil de collaboration à destination des opérationnels. Des chiffres qui marquent un bon début, même s’il reste encore du chemin à parcourir. Selon l’Observatoire, les répondants connaissent en moyenne 2,6 legaltechs sur les 130 présentées, quand 53 % n’en connaissent aucune.

Emporter l’adhésion des collaborateurs

Si l’envie d’innover semble bien présente, reste à savoir comment la concrétiser et la développer ? «Par l’incitation des collaborateurs», répondent 48 % des sondés. Pour ce faire, la participation à des groupes de travail ou à des salons tels que Viva Tech, le Village de la Legaltech ou encore l’université d’été d’Open Law est favorisée par 27 % des directions juridiques interrogées. Une vision que partage Pernette Rivain, secrétaire générale de l’organisation mondiale de standardisation GS1 : «Pour embarquer les opérationnels, il faut montrer la voie en étant ouvert, curieux, et au courant des dernières innovations», explique-t-elle. Au sein de la société, la directrice juridique a d’ailleurs mis en place un «objectif innovation» à destination de ses collaborateurs, que chacun peut remplir en participant à des événements, en rencontrant des acteurs de la legaltech ou du numérique, ou encore en complétant ses compétences en la matière. La formation apparaît justement comme une opportunité à saisir, pour 19 % des sondés. Les collaborateurs de GS1 peuvent, par exemple, se former aux outils numériques aux côtés des équipes de la direction des systèmes d’information. «Cela leur permet de comprendre le langage technique et peu accessible de la DSI. In fine, ils peuvent mieux appréhender leurs nouveaux outils et surtout communiquer plus clairement leurs besoins», explique Pernette Rivain.

«L’innovation passe avant tout par une connaissance rigoureuse de l’entreprise et de ses besoins», pense pour sa part Pierre Leguy, directeur juridique de l’entreprise de marketing digital Adot. Quelles sont les priorités de l’entreprise ? Quelles sont les tâches les plus fastidieuses pour les juristes ? Où se situe leur valeur ajoutée ? Autant de questions que doivent se poser les directeurs juridiques pour cibler les outils les plus adéquats. C’est ainsi qu’Accor a choisi de déployer un outil de gestion des contrats au sein de sa direction juridique monde. Après analyse des éléments communs et différenciants de chacun des contrats émis par l’entreprise, des templates standards, assortis de clausiers en fonction des régions ont été mis en place. «Chez nous, l’établissement des contrats représente une grosse partie du travail des juristes, explique Stéphanie Fougou. In fine, la standardisation a facilité leur travail. Ces derniers sont davantage responsabilisés, et disposent en outre de plus de temps pour se consacrer à des tâches à forte valeur ajoutée.»

Débloquer des budgets

Mais au-delà des collaborateurs, c’est d’abord le top management qui doit être impliqué, et surtout convaincu de la nécessité du projet. Car certaines innovations peuvent parfois nécessiter le déblocage d’un budget supplémentaire. Des moyens parfois plus compliqués à obtenir pour les directions juridiques d’entreprises «classiques», n’évoluant pas dans le domaine de la tech. «Au moment de présenter un budget, il faut pouvoir expliquer en quoi consiste l’outil, combien il va coûter, quel sera le retour sur investissement, le bénéfice pour les collaborateurs… Il faut avoir un dossier solide», détaille Stéphanie Fougou. Convaincre, un impératif pour passer à l’action. Car selon les chiffres fournis dans l’édition 2019 de l’Observatoire des directions juridiques, une grosse majorité (81 %) des sondés ne dispose en effet pas de ligne budgétaire dédiée à l’innovation.


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