La lettre d'Option Droit & Affaires

Interview

«Nous devrions voir s’accélérer la pratique du télétravail, mais dans des proportions raisonnées et raisonnables»

Publié le 23 septembre 2020 à 14h40

Chloé Enkaoua

Pendant le confinement, les cabinets d’avocats d’affaires ont dû apprivoiser le télétravail à marche forcée. Quelques semaines après, le bilan est plutôt positif et certains souhaitent même faire perdurer ce fonctionnement. Pour autant, certaines spécificités liées à la profession doivent être prises en compte. Le point avec Sébastien Robineau, ancien avocat, aujourd'hui CEO de la société de conseil RBO Consulting et auteur d’un livre blanc sur le sujet.

Le 10 juillet dernier, RBO Consulting a rendu publique une enquête sur le travail à distance réalisée auprès de 975 personnes. Il en ressort qu’avant le confinement, les entreprises proposant le télétravail étaient minoritaires (42 %). Au sein des cabinets d’avocats, quelles en étaient les raisons ?

Avant la pandémie, un certain nombre de cabinets n’étaient culturellement pas prêts pour le télétravail. Les associés apprécient en effet d’avoir leurs équipes à portée de main pour des questions structurelles et pratiques : un dossier urgent qui vient de tomber et la nécessité de faire un point immédiat, un appel d’un client qui souhaite une réponse rapide… Dans ces cas-là, il est plus simple d’ouvrir une porte et de faire le point de vive voix. Par ailleurs, d’un point de vue plus conjoncturel, on s’est aperçu que les cabinets n’étaient pas tous égaux sur la question du télétravail ; alors que, dossiers transnationaux obligent, les grandes firmes internationales avaient depuis longtemps adopté des infrastructures informatiques permettant de travailler de n’importe où avec un accès sécurisé à leur serveur interne, ce n’était pas le cas de certaines structures franco-françaises «monobureau», qui ont moins vocation à faire se déplacer leurs collaborateurs. Au moment du confinement, il leur a donc fallu faire vite et numériser des dossiers à tour de bras afin de rendre les documents accessibles sur un cloud. Mais le livre blanc démontre qu’au final, les avocats se sont très bien adaptés à ce fonctionnement et ont apprécié cette période de télétravail. Cela a notamment été très bien géré par les associés qui ont su créer du lien social avec leurs équipes via des visioconférences.

Outre ces aspects culturels et fonctionnels, le télétravail est-il adapté au métier d’avocat d’un point de vue déontologique ?

Cela dépend de son organisation. Si l’on dispose de conditions matérielles permettant de faciliter le télétravail, comme avoir son propre bureau, la question ne se pose pas. Et si l’espace de travail chez soi ne permet pas de s’isoler pour prendre ses appels téléphoniques, la confidentialité des échanges peut tout de même être préservée ; il suffit de ne pas mettre de haut-parleur et de toujours garder un œil sur ses dossiers.

L’enquête indique que post-confinement, 88 % des sondés souhaitaient maintenir cette expérience de télétravail. 34 % d’entre eux ont même affirmé être prêts à le pratiquer trois journées voire plus par semaine. Quelques semaines après la diffusion du livre blanc, l’engouement est-il toujours le même du côté des avocats ?

La consultation a été réalisée immédiatement après le confinement. Nous étions alors dans le vif du sujet. Depuis, pour avoir échangé avec un certain nombre d’avocats d’affaires, je comprends que les cabinets n’ont pas encore une vision très claire sur la question du télétravail et sont dans l’attentisme. Ils souhaitent voir comment va évoluer la situation avant de prendre des décisions. Nous verrons donc à l’épreuve du temps si cette pratique persiste, et dans quelle mesure. Nous sommes malgré tout dans un mouvement qui devrait voir s’accélérer la pratique du télétravail, mais dans des proportions raisonnées et raisonnables, à raison par exemple de 1 à 2 jours par semaine.

L’annonce du Premier ministre selon laquelle le télétravail peut se poursuivre sous réserve d’accord de branche au sein des entreprises concerne-t-elle les cabinets d’avocats ?

L’une des caractéristiques du métier d’avocat est qu’elle mélange souvent au sein des cabinets des associés et des collaborateurs, qui sont des professionnels libéraux et indépendants, et des membres des équipes support. Il n’y a donc à ce jour pas besoin d’un accord de branche pour les avocats ; le télétravail se fait à leur discrétion et en conformité avec le fonctionnement de leur structure.

Encouragés par le succès du télétravail et dans une logique de réduction des coûts, certains avocats se disent prêts à abandonner leurs locaux pour passer en cabinet virtuel. Pensez-vous que cette tendance du «zéro locaux» va se répandre ?

Je ne pense pas que le métier d’avocat soit assez ouvert pour cela. On devrait voir en revanche émerger de plus en plus de locaux moins dispendieux, où l’on ne garderait par exemple que quelques espaces de travail restreints selon un principe de rotation présentielle des avocats, et une ou deux salles de réunion pour recevoir les clients en toute confidentialité. Nous serons donc probablement sur un principe de réduction des surfaces, mais pas de suppression. 


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