La lettre d'Option Droit & Affaires

Interview

«Les cabinets d’affaires font aujourd’hui face à une concurrence protéiforme»

Publié le 27 septembre 2017 à 15h28

Coralie Bach

Caura Barszcz, directrice de la publication Juristes_associés, analyse depuis 1992 le marché des avocats d’affaires. A l’occasion d’une édition «spéciale 25 ans» de La Radiographie © des cabinets d’avocats d’affaires en France, elle revient sur les principales évolutions du secteur.

Au cours des vingt-cinq dernières années, les cabinets d’affaires ont connu une importante croissance, tant en termes de chiffre d’affaires (+568,4 % sur la période) que d’effectifs (+122,8 %). Comment expliquez-vous cette progression ?

Cette croissance s’explique à la fois par le développement de l’économie, que les cabinets accompagnent, et par une réglementation accrue. Quelle que soit leur taille, les entreprises s’exportent et s’implantent sur de nouveaux marchés. Les cabinets suivent ce mouvement d’internationalisation via l’ouverture de nouveaux bureaux, mais également par des opérations de consolidation avec des acteurs implantés à l’étranger, au Moyen-Orient et en Asie hier et en Afrique actuellement.

Quel type de cabinet tire le plus profit de cette croissance ?

Les cabinets internationaux sont les premiers bénéficiaires de cette croissance de marché. Ils ont vu leur chiffre d’affaires, tout comme leur couverture géographique, croître de manière exponentielle. Ils sont également à l’origine de nouveaux modèles de développement. Auparavant, une structure internationale se résumait à un bureau principal et ses quelques bureaux en Europe ou en Asie par exemple. Aujourd’hui, les modèles sont protéiformes. Certains cabinets fusionnent, d’autres ont recours à des alliances ou des réseaux. Dentons par exemple, ne fonctionne pas autour d’un centre de gravité unique. Il est structuré comme un groupement de cabinets, géré au niveau mondial, et fédérant ses propres réseaux. Ces évolutions structurelles ont été guidées par le besoin d’internationalisation mais constituent également une réponse à la crise de 2008. Face à cette dernière, les cabinets ont en effet cherché des solutions de développement plus flexibles. L’adhésion à un réseau ou une association de cabinets est ainsi plus facile et moins coûteuse qu’une ouverture de bureau, moins risquée qu’une fusion, et permet néanmoins de proposer une équipe transversale au client.

Qu’en est-il des pratiques ? Quelles sont celles qui se sont le plus développées ?

Le corporate et le financier constituent toujours le cœur d’activité des cabinets d’affaires. La principale évolution, depuis vingt-cinq ans, est la montée en puissance du social et du fiscal. Initialement considérées comme des pratiques support, elles constituent aujourd’hui des activités à part entière.

Plus récemment, nous assistons à l’émergence de nouvelles pratiques, comme les nouvelles technologies, la cybersécurité, ou encore la santé et l’environnement, le droit public.

Enfin, si historiquement, les cabinets d’affaires étaient essentiellement des structures de conseil, ils disposent aujourd’hui, pour la majorité d’entre eux, d’une pratique en contentieux et arbitrage. Des activités par ailleurs contra-cycliques, bien appréciables en période de crise.

L’étude montre également un important renouvellement des acteurs. Seule une vingtaine de cabinets figurants parmi les 100 premiers il y a vingt-cinq ans sont toujours présents dans la liste 2017…

Beaucoup de cabinets ont effectivement muté. Soit ils ont disparu suite à un passage de génération, soit ils se sont rapprochés avec un autre acteur indépendant ou avec un cabinet international. Les cabinets français conservent cependant leur place sur le marché. Aux côtés de Gide, Jeantet, Bredin Prat ou encore Darrois Villey Maillot Brochier, d’autres acteurs français ont émergé plus récemment comme De Pardieu Brocas Maffei. Des cabinets de niche se sont également développés afin de répondre à des besoins de spécialisation de plus en plus pointue.

Inexistantes en 1992, les legaltech bouleversent aujourd’hui le marché du droit. Comment se positionnent-elles face aux cabinets d’affaires ?

Les cabinets d’affaires font aujourd’hui face à une concurrence protéiforme, émanant à la fois d’autres cabinets et d’acteurs extérieurs comme les legaltech. Pour l’heure, ces dernières ciblent majoritairement une clientèle de particuliers et de petites entreprises. Mais d’autres e-acteurs, proposant des services de création d’entreprise ou encore d’arbitrage en ligne, représentent une concurrence plus directe. Les cabinets ne peuvent pas les ignorer et doivent s’adapter à ce nouvel environnement.


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