La lettre d'Option Droit & Affaires

Interview

«Les directeurs juridiques et les avocats ont le même client : l’entreprise»

Publié le 19 juin 2019 à 11h27

Coralie Bach

Succédant à Nicolas Guérin, Laure Lavorel a été élue, le 17 juin, présidente du Cercle Montesquieu. Elle livre ses ambitions à «Option Droit & Affaires».

Quels sont vos principaux objectifs en tant que présidente du Cercle ?

Notre profession est soumise à d’importants bouleversements principalement dus à la digitalisation des entreprises. Parmi eux, l’international. Les nouvelles technologies ont renforcé le mouvement de mondialisation. Désormais, les marchés étrangers ne sont plus l’apanage des grands groupes, et peuvent aujourd’hui être investis par les PME. Les directeurs juridiques, quelle que soit la taille de la structure dans laquelle ils opèrent, doivent donc être à même d’épauler l’entreprise dans ce développement international, tout en maîtrisant parfaitement une réglementation locale qui ne cesse de se densifier et de se complexifier, avec des autorités indépendantes aux pouvoirs renforcés. Il est donc important d’accompagner nos membres sur ces enjeux, en les aidant à transformer leur direction juridique. L’intégration des outils numériques est essentielle pour faire face à ces évolutions. La Factory du Cercle, lancée l’année dernière, suit justement cet objectif. Par ailleurs, dans la lignée des actions menées précédemment, je souhaite également poursuivre le travail sur les soft kills des directeurs juridiques, abordés notamment au sein des commissions employabilité et management.

Un autre axe de votre mandat sera consacré à la lutte contre les discriminations…

Effectivement, c’est une cause qui me tient à cœur. A l’image de ce qui est déjà mené par la commission DJ au féminin, particulièrement active, je souhaite que nous nous engagions sur les autres formes de discriminations, qu’ils s’agissent de discriminations sociales ou envers les personnes handicapées. Ce sont des actions que nous pouvons réaliser avec les barreaux, en réfléchissant, par exemple, aux moyens à mettre en place pour soutenir les étudiants en droit issus des classes populaires. Il est essentiel que notre profession soit exemplaire sur ces sujets.

Vous êtes aussi engagée en faveur d’une plus grande place accordée aux juristes au sein des conseils d’administration. Un sujet sur lequel la France accuse un certain retard…

C’est un sujet de Place et un enjeu d’attractivité pour la France. Notre pays souffre d’une mauvaise image en matière d’anticorruption même si un mouvement de progrès est en marche avec le travail mené par l’AFA. Renforcer la présence des professionnels du droit, directeurs juridiques ou avocats, au sein des conseils d’administration permettrait aux entreprises de mieux anticiper les risques quels qu’ils soient. D’autres pays, comme les Etats-Unis, l’ont d’ailleurs bien compris.

Impossible de ne pas vous interroger sur une vieille revendication des directeurs juridiques : le legal privilege. Lors de la dernière édition des Débats du Cercle, votre prédécesseur Nicolas Guérin, s’était montré relativement optimiste sur l’avancement de ce dossier. Partagez-vous ce sentiment ?

C’est évidemment un sujet primordial. Les juristes doivent pouvoir exprimer des avis qui bénéficient du secret professionnel. Il s’agit là encore d’une question d’attractivité pour notre pays. En l’absence de cette protection, les entreprises peuvent décider d’implanter leur siège et leur direction juridique dans un pays voisin, ce qui pénalise de fait l’emploi en France.

S’il est impossible de prédire quand ce dossier aboutira, un constat me rend optimiste : les professionnels du droit se rapprochent et commencent à constituer une véritable communauté. Beaucoup d’actions sont désormais menées en commun. Je pense aux deux éditions du Grenelle du Droit, à Paris Place de Droit, mais aussi aux modules de formation communs aux juristes et aux avocats. Le Cercle Montesquieu a ainsi créé, avec l’EFB, une formation sur la prévention de la corruption, en partenariat avec l’AFA. Une initiative similaire sera bientôt lancée avec la CNIL sur les données personnelles. J’ai l’habitude de dire que les directeurs juridiques et les avocats ont le même client : l’entreprise. Nous agissons simplement à différents endroits de la chaîne de valeur.

Si la réforme des textes se fait encore attendre, l’évolution sur le terrain est quant à elle en train d’opérer.

Biographie

Diplômée de l’université Paris II (1990), Laure Lavorel commence sa carrière professionnelle en tant qu’avocate. Après plusieurs années passées au sein de cabinets d’affaires, elle quitte la robe en 1999 pour devenir responsable juridique France d’Oracle. Quatre ans plus tard, elle rejoint l’éditeur de logiciels Computer Associates (devenu CA Technologies) en tant que directrice juridique pour l’Europe du Sud, avant d’être promue, en 2015, vice-présidente juridique pour la région EMEA. Suite à l’acquisition du groupe, en juillet 2018, par Broadcom, un leader des semi-conducteurs, elle est devenue directrice juridique international de la nouvelle entité.


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