Le 19 juin, le tribunal de commerce Bobigny a désigné SY Corporate France comme repreneur de Naf Naf. SY Corporate France est un des principaux fournisseurs de Naf Naf depuis 1985.
Le groupe est dirigé par l’homme d’affaires français d’origine turque Selçuk Yilmaz et son frère Seyfi Yilmaz ainsi que par Elif Kara. L’enseigne de prêt-à-porter avait été placée en redressement judiciaire mi-mai. Cette offre devrait permettre de conserver 763 des 943 emplois en France ainsi que 200 des 220 points de vente et magasins exploités. La chaîne d’habillement, fondée en 1973, présente dans 20 pays à travers le monde, avait changé de mains en 2018 dans le cadre du démantèlement du groupe Vivarte. Elle appartenait depuis 2018 à un consortium mené par le chinois La Chapelle, qui traversait une zone de turbulences depuis 2019 après le départ de son patron chinois l’an passé et la baisse de son chiffre d’affaires. L’offre de SY Corporate France a été préférée à celle de Beaumanoir, propriétaire notamment des marques Cache-Cache et Bonono, qui proposait de conserver seulement 704 personnes et 170 boutiques. Avec la reprise de Naf Naf aux côtés du management, SY Corporate, qui a racheté Sinequanone en 2019, entend poursuivre sa stratégie de développement verticale visant à intégrer des enseignes de distribution à son cœur de métier de fabricant textile. L’apport de Naf Naf lui permettra de maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur, de la conception à la distribution des produits. Renault Thominette Vignaud & Reeve a conseillé Naf Naf avec Jason Reeve, associé, et Célia Chiche en restructuring. Jeausserand Audouard a épaulé le management de Naf Naf avec Alexandre Dejardin, associé, Faustine Paoluzzo et Martin Brunet en corporate ; Carole Furst, counsel, et Ronan Lajoux en fiscal. Le cabinet Hyest a accompagné SY Corporate France avec Jean-Marie Hyest, associé, et Virginie Dupé en restructuring. Naf Naf a été accompagné en droit social par MGG Voltaire avec Marijke Granier-Guillemarre, associée, et Paul Romatet, ainsi que par Maricaroline Sinet du cabinet éponyme. Sont intervenus comme administrateurs judiciaires l’étude Solve avec Jonathan El Baze et Hélène Charpentier, ainsi que l’étude Blériot et Associésadministrateur judiciaire avec Philippe Blériot.
Le conseil de Naf Naf : Jason Reeve, associé, Renault Thominette Vignaud & Reeve
Quelles ont été les principaux points forts du projet de reprise porté par SY Corporate France ?
L’éclatement de la crise du Covid-19 en Chine ayant fait échouer, fin 2019, l’accord sur le point d’être conclu avec l’actionnaire La Chapelle pour qu’il fournisse à Naf Naf les financements nécessaires, il a fallu chercher un repreneur d’abord in bonis, puis dans le cadre d’un prepack cession accompagné par la banque d’affaires Wingate. SY Corporate France, filiale du groupe tunisien SY International, était déjà engagé depuis 2019 dans une stratégie d’intégration verticale, elle a saisi l’opportunité de poursuivre dans cette voie. La société fournissait déjà Naf Naf à l’époque de la famille Pariente, créatrice de l’enseigne. SY a notamment l’avantage d’être localisée à proximité, dans le bassin méditerranéen (Turquie et Tunisie). Un atout par rapport aux enseignes concurrentes qui se fournissent majoritairement en Asie. SY International réalise plus de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires en France et, avec les partenaires industriels du groupe en Tunisie et en Turquie, cela représente 525 millions d’euros de chiffre d’affaires et 3 000 emplois. Le groupe malouin Beaumanoir, rival sur la reprise de Naf Naf, a bénéficié d’un PGE de 90 millions d’euros. Le principal défi de SY Corporate France, par rapport à son rival, était donc d’apporter des garanties financières solides. Son offre, adossée à un financement garanti de 30 millions d’euros, a convaincu le tribunal. Le repreneur apporte 5 millions de fonds propres, complétés par 5 millions d’euros financés par le fonds Gageo garanti par un gage sur les stocks. Le solde correspond à du crédit fournisseur pour Naf Naf qui allégera son BFR grâce à des modalités de règlement et prix d’achat étudiés auprès de SY Corporate France et de ses partenaires. Socialement, son offre était plus avantageuse que celle de Beaumanoir, car elle permet de sauver plus d’emplois et de points de vente. La société reprend aussi les filiales belge et espagnole de l’enseigne d’habillement.
Sur quelle base s’est négociée l’alliance entre l’ancien management et le nouvel actionnaire ?
Une dizaine de managers des comités de direction et de développement, menés depuis 2013 par Luc Mory, s’associent au repreneur sur une base 49 %/51 %. Luc Mory détient 16 % et les managers 33 %. Ils investissent à titre personnel en rachetant une part du capital social de la structure de reprise. Ils ont un plan de transformation de l’entreprise qu’ils n’avaient pas eu les moyens de déployer à l’époque de Vivarte puis de La Chapelle. Désormais, avec un partenaire de très longue date, le projet peut se réaliser sur de bonnes bases validées par le tribunal de commerce, qui a accordé une dérogation à Luc Mory pour qu’il puisse prendre une participation au sein de la nouvelle structure ad hoc créée dans le cadre de la reprise.