«Golden hello», «signing bonus», «parachute doré», les expressions ne manquent pas pour qualifier les primes de bienvenue destinées à encourager un dirigeant à rejoindre une entreprise. Très pratiquées aux Etats-Unis, elles peuvent atteindre des montants parfois démesurés. Dans les entreprises françaises, la pratique est plus rare et régulièrement dénoncée par la presse quotidienne, comme dans le cas d’Olivier Brandicourt, patron de Sanofi. Une telle pratique est-elle courante également dans les cabinets d’avocats d’affaires ? Option Droit & Affaires a mené l’enquête.
«A l’époque, la pratique des Golden hello était très répandue, reconnaît Marc Bartel, managing partner du bureau parisien d’Heidrick & Struggles. Ils s’accompagnaient d’une garantie de niveau de rémunération d’une durée de trois ans, voire plus. Mais les temps ont changé. Aujourd’hui on en voit de moins en moins, car beaucoup s’y sont cassé les dents.» Le dépôt de bilan du cabinet Dewey & LeBoeuf est l’exemple parfait. En 2012, la firme américaine se place sous la protection du Chapter 11. Parmi les raisons expliquant cette déconfiture, la pratique des Golden hello est clairement visée. Le cabinet ayant en effet multiplié de telles primes pour attirer des stars avec des grands comptes dans divers barreaux, tout en leur garantissant un haut niveau de rémunération durant plusieurs années. Le résultat est sans appel : un cabinet lourdement endetté où l’esprit de partnership initial a laissé place à des jalousies, des guerres intestines, puis à la fuite des talents.
En France, une pratique quasiment disparue
Si la pratique est toujours utilisée aux Etats-Unis par des firmes comme Kirkland & Ellis, elle est également proposée en Europe, notamment à Londres pour leur permettre de réussir leur implantation. Elle est néanmoins devenue exceptionnelle en France. Et rares sont les avocats qui acceptent d’en parler officiellement. «Weil Gotshal & Manges, Cleary Gottlieb et Sullivan & Cromwell ont une approche malthusienne de leur développement et n’ont pas recours aux Golden hello», témoigne le managing partner d’un cabinet d’origine américaine. Mais pour attirer des associés stars de cabinets anglais, rémunérés sur la base du lockstep, les firmes d’origine américaine sont bien obligées de mettre les moyens, car leur système de rémunération fondé sur le «eat what you kill» peut en effrayer plus d’un. Si personne ne le confirme officiellement, des rumeurs persistantes portent sur un signing bonus de 7 millions d’euros accordé à un associé corporate issu d’un cabinet anglais et entré dans le bureau français d’une firme américaine. Il n’y sera resté finalement que trois ans. Sans doute le temps de sa garantie de rémunération…
Dans la quasi-intégralité des cas, les Golden hello ne sont pourtant plus proposés. «Je ne crois pas qu’ils ne soient très sains, ce sont plutôt des pratiques pour les joueurs de foot !», constate Jacques-Philippe Gunther, associé de Willkie Farr & Gallagher. Et de poursuivre : « l’associé qui prend conscience qu’il dispose d’une base de clients solide mais qu’il rencontre des difficultés dans son cabinet pour la développer , soit en raison d’une plateforme de compétences pas optimale soit à cause de conflits d’intérêts à répétition, aura tout intérêt à choisir un autre cabinet pour progresser. Il est inutile d’ajouter un Golden hello pour le décider, car pour lui, changer de cabinet sera devenu une nécessité».
Les firmes américaines ont néanmoins trouvé d’autres façons pour être plus attractives. Chez Orrick, par exemple, il est prévu un système pour compenser la perte de rémunération durant la période intermédiaire du mouvement. Une sorte de prêt longue durée permettant de gérer les frais quotidiens du nouveau venu. «D’autres cabinets proposent une reprise de garantie de retraite pour les associés seniors issus de structures anglaises où le système se veut très généreux, témoigne un jeune associé devenu récemment partner d’une firme américaine. Mais la pratique la plus répandue reste la garantie de rémunération.»
Les garanties de rémunération plus usuelles
«Lorsqu’un associé de 40 ans quitte un cabinet anglais, il sait qu’il peut gagner bien plus dans une firme américaine s’il est assuré d’avoir un business transportable. Mais les premiers mois peuvent être difficiles. Il est donc usuel que les firmes américaines qui les chassent leur proposent une garantie de rémunération sur les deux ou trois premières années, leur assurant une prévisibilité financière», témoigne un associé ayant tenté l’aventure américaine. Là encore, la France est moins bien lotie que les Etats-Unis où les garanties de rémunération peuvent durer jusqu’à cinq ans et où le régime est calqué sur celui des banquiers d’affaires. En France, aujourd’hui, la moyenne se situe plutôt autour de deux ans. Et dans certains cabinets, cette soi-disant rémunération garantie comporte même une part de variable basée sur le chiffre d’affaires effectivement apporté. Sauf qu’au bout des deux ans, si le chiffre annoncé n’est pas celui qui est effectivement réalisé, le couperet tombe rapidement : la porte.