L’OPA lancée sur Foncière de Paris a suscité une vive concurrence entre Gecina et Eurosic. Ce dernier a finalement remporté près de 77 % du capital malgré une offre en numéraire inférieure à celle de son concurrent. Un résultat qui a surpris la partie adverse et généré de nombreux recours.
Ce fut un peu la saga de l’été. Après six mois de rebondissements, Eurosic a annoncé, le 22 septembre dernier, détenir 76,70 % du capital et des droits de vote de la société Foncière de Paris, remportant ainsi la bataille contre Gecina, initiatrice d’une offre concurrente. Dans un communiqué, Eurosic se targue de donner naissance à un «acteur de référence de l’immobilier tertiaire» à la tête d’un patrimoine combiné de plus de 5 milliards d’euros, avec des bureaux principalement basés à Paris et en Ile-de-France. Le nouvel ensemble annonce également vouloir étendre ses activités à des métiers connexes, comme l’hôtellerie, ou l’immobilier de loisirs et de santé.
Un dernier recours devant la cour d’appel de Paris
L’histoire n’est toutefois pas tout à fait close puisque Gecina et l’Adam (l’Association de défense des actionnaires minoritaires) ont intenté un recours devant la cour d’appel de Paris. Plusieurs points sont mis en cause. Premièrement, Covéa et les Assurances du Crédit Mutuel auraient pris des engagements «irrévocables» à l’égard d’Eurosic, ce qu’interdit la réglementation. Deuxièmement, selon l’Adam, il y aurait des «indices sérieux» sur l’existence d’une action de concert entre les trois parties. L’Association des petits actionnaires pointe en outre un conflit d’intérêts de la part de Covéa, actionnaire à la fois de Foncière de Paris et d’Eurosic. «L’objectif de Gecina était d’enliser l’offre publique, affirme Marcus Billam, associé chez Darrois Villey Maillot Brochier, qui a conseillé Eurosic dans son OPA aux côtés du cabinet De Pardieu Brocas Maffei. L’AMF n’est pas entrée dans ce jeu, et je suis persuadé que la cour d’appel de Paris va déclarer ce recours infondé dans les faits et en droit.» Sollicités par la rédaction, les conseils de Gecina et de Foncière de Paris n’ont pas souhaité s’exprimer.
Petit retour en arrière. Foncière de Paris lance en début d’année un open bid dans le but de se rapprocher d’un autre acteur. Eurosic se positionne rapidement et obtient, en mars, le soutien d’Allianz et de Generali qui lui cèdent 22,7 % du capital. Quelques mois plus tard, Gecina contre-attaque avec une surenchère. Alors qu’Eurosic propose un prix de 136 euros par action, Gecina surenchérit à 150 euros par action, espérant convaincre les actionnaires de Foncière de Paris. Les deux parties accompagnent leur offre en numéraire d’une offre par échange de titres. Pari perdu : les Assurances du Crédit Mutuel ainsi que le groupe d’assurance Covéa, qui regroupe les marques MMA, GMF et Maaf, apportent leur soutien à Eurosic, représentant respectivement 11,5 % et 29,64 % du capital. «L’offre de Gecina était effectivement mieux-disante en cash, mais elle était en revanche inférieure en titres, souligne Marcus Billam. Or de nombreux actionnaires sont plus intéressés par des rendements futurs que par du cash, qui vu les taux actuels rapportent peu.»
L’offre d’Eurosic jugée conforme par l’AMF
Face à cet échec, Gecina décide de lancer une succession de recours, et s’associe pour ce faire à l’Adam, les petits actionnaires, détenteurs d’environ 10 % du capital, souhaitant valoriser au mieux leurs titres. La première bataille s’engage devant l’AMF où la foncière conteste tout d’abord la validité de l’offre d’Eurosic, et demande le 29 juillet, le retrait de la déclaration de conformité. Une demande rejetée quelques semaines plus tard. Fin août, l’Adam demande un sursis à exécution de la date de clôture, que rejette la cour d’appel de Paris le 13 septembre dernier. La date de clôture des offres publiques n’est pas repoussée et s’achève, comme prévu initialement, le 15 septembre. Reste aujourd’hui le dernier recours devant la cour d’appel de Paris qui conteste le rejet de l’AMF de retirer sa déclaration de conformité. Les débats devraient s’ouvrir le 24 novembre. En attendant, l’offre d’Eurosic doit prochainement être rouverte afin de permettre aux actionnaires d’apporter leurs titres.