L’enseigne Gérard Darel, placée en redressement judiciaire le 15 juin dernier, va être reprise par ses fondateurs.
Le tribunal de commerce de Paris a en effet retenu l’offre de la famille Gerbi, face à celles des fonds KKR, propriétaire des marques Sandro, Maje et Claudie Pierlot, et Chenavari associé au groupe Borletti, ancien propriétaire du Printemps. La chaîne de prêt-à-porter féminin était jusqu’à présent détenue par Advent International qui avait acquis la société en 2008 auprès de la famille fondatrice pour environ 300 millions d’euros. Lestée d’une dette de 110 millions d’euros, la société avait subi la crise de la distribution, voyant son chiffre d’affaires passer de 200 millions d’euros à 170 millions depuis 2011. L’offre de la famille Gerbi propose de reprendre 630 postes sur 767 et mobilise 50 millions d’euros, dont quelque 17 millions pour racheter les marques (Gérard Darel et Pablo). La société était conseillée par Weil Gotshal & Manges, avec Jean-Dominique Daudier de Cassini, associé, Anne-Sophie Noury et Clément Maillot-Bouvier. La famille Gerbi avait pour conseil Santoni & Associés, avec Marc Santoni, associé. Les banques étaient assistées par White & Case, avec Céline Domenget-Morin, associée, et Bruno Pousset en restructuring, Samir Berlat, Raphaël Richard, associés, et François Jubin sur les aspects bancaires. Ashurst conseillait les mezzaneurs, avec Jean-Pierre Farges, associé, en restructuring et Nadine Gelli, associée, en fiscal. KKR était conseillé par Willkie Farr & Gallagher, avec Alexandra Bigot, associée, Thomas Doyen et Edouard Mignon en restructuring, Cédric Hajage, associé, et Virginie Sayag en corporate, David Tayar, associé, et Dounia Ababou en antitrust. Chenavari et Borletti étaient épaulés par Paul Hastings, avec Lionel Spizzichino, associé, et Audrey Nelson. L’administrateur judiciaire était Hélène Bourbouloux de l’étude FHB.
Le conseil de la famille Gerbi : Marc Santoni, associé de Santoni & Associés
Pourquoi les négociations à l’amiable n’ont-elles pas abouti ?
L’offre que la famille Gerbi avait faite in bonis n’avait pas été acceptée par les autres parties. Les modalités proposées aux autres parties n’ont pas permis l’aboutissement d’un accord. Il est toujours difficile pour une partie ayant cédé une entreprise de la racheter à ses acquéreurs dans un contexte dégradé. L’échec des négociations a donc conduit les dirigeants à déclarer leur état de cessation des paiements.
Pourquoi le tribunal de commerce a-t-il retenu l’offre de la famille Gerbi, pourtant jugée moins-disante par plusieurs observateurs ?
L’offre de la famille Gerbi a été jugée la plus à même de pérenniser l’entreprise compte tenu de son état actuel. Il s’agit de gens compétents dans le secteur, qui ont créé l’entreprise, l’ont rendue profitable, puis l’ont quittée en raison de désaccords stratégiques, et qui ont les moyens financiers pour la redresser. Le tribunal de commerce a semble-t-il préféré cette typologie de repreneur par rapport au fonds qui voulait maintenir le management actuel en place. Par ailleurs, l’offre n’est en réalité pas moins-disante socialement, puisque les six salariés d’écart avec l’offre de KKR sont les six membres de la direction. Elle ne l’est pas non plus financièrement si l’on prend en compte l’ensemble des sept sociétés qui composent le groupe, et non pas société par société. La différence de valorisation s’est surtout jouée sur les marques, ma cliente ayant proposé un prix ferme de 17,6 millions d’euros.
Les projets d’investissement semblaient également limités par rapport aux offres concurrentes…
Ma cliente a été prudente. L’entreprise nécessite une remise à niveau totale après un tel dépôt de bilan. La priorité est donc le retour aux fondamentaux de la marque auprès de la clientèle avant de pouvoir envisager un redéploiement. Le calendrier est difficile à prévoir. La famille Gerbi veut développer la société en respectant un certain ordre de marche. Sa stratégie a d’ailleurs été validée par le fait que deux comités d’entreprise représentant 90 % des salariés du groupe ont soutenu son offre.
Quelles difficultés juridiques avez-vous rencontrées ?
La principale difficulté venait du fait que les marques étaient logées dans une holding avec un nantissement au profit des créanciers. Nous n’avions pas pu obtenir l’accord de 100 % des créanciers pour transférer ces marques dans le cadre d’un plan de cession. Cette holding a donc été placée en liquidation afin de réaliser une vente différente ne nécessitant pas l’unanimité des créanciers.